L’humanité a déjà prouvé que les planètes en dehors du système solaire existent par milliers. Maintenant, la science est confrontée à une tâche plus complexe : comprendre s’il y a de la vie sur elles et si notre civilisation aura le temps de la découvrir.
La question de l’existence de planètes autour d’autres étoiles relevait encore récemment presque de la science-fiction. Aujourd’hui, ce débat est pratiquement clos : les planètes sont répandues dans toute notre galaxie, et le système solaire ne semble plus être la seule île connue de mondes dans l’univers.
Selon les archives des exoplanètes de la NASA, en juillet 2026, les scientifiques ont confirmé l’existence de plus de 6300 planètes en dehors du système solaire. La plupart d’entre elles ont été découvertes non pas grâce à des photographies directes, mais par des indices indirects — par exemple, par la diminution de la luminosité d’une étoile lors du passage d’une planète devant elle ou par les légères oscillations de l’étoile elle-même sous l’effet de la gravité de la planète.
Derrière cette révolution scientifique se trouve notamment le travail de l’astrophysicien suisse Didier Queloz. En 1995, il a annoncé avec Michel Mayor la découverte de 51 Pegasi b — la première planète confirmée en orbite autour d’une étoile de type solaire. Cette découverte a changé la perception des astronomes sur la formation des systèmes planétaires et a valu à Queloz et Mayor le prix Nobel de physique en 2019.
Dans une interview à TSN, enregistrée lors de la 75e rencontre des lauréats du prix Nobel à Lindau, en Allemagne, Queloz a proposé de voir le problème de la vie extraterrestre de manière plus large. Ce qui l’inquiète n’est plus de savoir si la science pourra créer les outils nécessaires.
Le scientifique doute à peine que de telles technologies apparaîtront.
La véritable question est bien plus inquiétante : la société humaine pourra-t-elle exister assez longtemps pour en profiter.
Les planètes ont été trouvées. Maintenant, la science cherche non pas des mondes, mais de la vie.
La découverte de 51 Pegasi b a été un tournant non pas parce que cette planète ressemble à la Terre. Au contraire, elle s’est avérée être un immense monde gazeux situé extrêmement près de son étoile. De tels objets ont été appelés « Jupiter chauds ».
Avant la découverte de Queloz et Mayor, de nombreux modèles supposaient que les grandes planètes gazeuses devaient se trouver loin de leurs étoiles, comme Jupiter et Saturne dans le système solaire. 51 Pegasi b a montré que la structure des systèmes planétaires peut être beaucoup plus diversifiée qu’on ne le pensait auparavant.
Aujourd’hui, les chercheurs sont confrontés à une autre question. Les planètes existent — c’est prouvé. Mais à quelle fréquence parmi elles se trouvent des mondes où l’eau, la chimie complexe et les organismes vivants pourraient apparaître ?
La simple présence d’une planète dans la soi-disant zone habitable ne suffit pas. C’est juste une région autour d’une étoile où la température pourrait théoriquement permettre l’existence d’eau liquide. La réelle habitabilité d’un monde dépend également de sa masse, de son atmosphère, de son champ magnétique, de l’activité de l’étoile, de la composition de sa surface et de sa géologie interne.
Une planète peut se trouver à la distance idéale de son étoile, mais être dépourvue d’atmosphère. Ou avoir une enveloppe gazeuse si dense qu’un effet de serre destructeur se produirait à sa surface. Les éruptions stellaires peuvent progressivement détruire l’atmosphère, et l’absence d’activité géologique peut perturber le cycle à long terme des substances.
C’est pourquoi l’astronomie moderne passe progressivement du simple comptage des planètes à l’étude de leurs atmosphères et de leur climat.
Queloz rappelle à quel point les connaissances humaines sont limitées même sur les corps célestes les plus proches. Nous explorons Mars depuis des décennies, y avons envoyé des orbiteurs et des rovers, mais nous ne savons presque rien de ce qui se trouve à faible profondeur sous sa surface.
Le scientifique propose une expérience de pensée : si un appareil extraterrestre atterrissait dans le Sahara ou le désert d’Atacama, ses créateurs pourraient à tort conclure que toute la Terre est un désert sans vie. Quelques points d’atterrissage ne donnent pas une image complète d’une planète entière.
C’est pourquoi l’absence de vie découverte sur Mars ne prouve pas encore qu’elle n’y a jamais été ou que des organismes simples ne se sont pas conservés sous la surface.
NAnews — Nouvelles d’Israël souligne : la recherche de la vie extraterrestre n’est plus une chasse à la sensation ou une tentative de capter un signal radio artificiel. C’est un travail systématique à l’intersection de l’astronomie, de la chimie, de la géologie, de la climatologie et de la biologie.
Queloz dirige à Cambridge le Centre de la vie dans l’univers, où des chercheurs de différentes spécialités tentent de comprendre non seulement où chercher la vie, mais aussi ce qu’il faut considérer comme la vie. Les scientifiques ont encore du mal à formuler une définition universelle qui conviendrait à la fois aux organismes terrestres et à d’éventuels autres systèmes biologiques.
Pourquoi la vie extraterrestre pourrait être très différente de ce que nous attendons
L’imagination humaine dessine généralement soit des êtres intelligents, soit une planète semblable à la Terre. Mais la première découverte de vie extraterrestre sera probablement beaucoup plus modeste.
Cela pourrait être une combinaison inhabituelle de gaz dans l’atmosphère d’une planète lointaine, difficile à expliquer sans processus biologiques. Une autre possibilité est des composés organiques, des traces d’activité microbienne ancienne ou des changements de surface qui se répètent selon les saisons.
Cependant, même une biosignature potentielle ne deviendra pas une preuve immédiate. Le méthane, l’oxygène et d’autres substances peuvent apparaître à la fois à la suite de l’activité des organismes et en raison de processus chimiques et géologiques non biologiques.
Chaque découverte retentissante devra être vérifiée à plusieurs reprises par différents télescopes et méthodes. Il est possible que des années s’écoulent entre le premier soupçon et la reconnaissance de l’existence de la vie extraterrestre.
L’intelligence artificielle ne remplacera pas le scientifique
Les télescopes modernes produisent d’énormes volumes d’informations. Le volume de données est déjà si grand qu’un chercheur ne peut pas physiquement examiner chaque signal, spectre ou changement de luminosité d’une étoile par lui-même.
L’intelligence artificielle aide à trouver des régularités, à trier les observations, à identifier les anomalies et à sélectionner les objets les plus intéressants. Mais Didier Queloz ne pense pas qu’un algorithme puisse remplacer la pensée scientifique.
Selon lui, un bon chercheur ne doit automatiquement faire confiance ni au télescope, ni à l’instrument de mesure, ni au modèle informatique. Il faut être particulièrement prudent lorsque le système montre quelque chose d’inhabituel.
Dans l’histoire de l’astronomie, il est déjà arrivé que des défauts techniques soient pris pour des planètes.
Un instrument pouvait créer un saut dans les données, et un chercheur, s’attendant à un certain résultat, y voyait la confirmation de son hypothèse.
C’est pourquoi la tâche du scientifique n’est pas d’accepter un beau résultat, mais d’essayer de le réfuter. L’observation est vérifiée avec un autre instrument, répétée dans d’autres conditions et des explications alternatives sont envisagées.
Queloz qualifie l’intelligence artificielle d’outil merveilleux et la compare à la diffusion des ordinateurs, des téléphones et de la photographie. Chacune de ces technologies a changé le mode de vie habituel, mais n’a pas détruit la créativité humaine.
La photographie n’a pas conduit à la disparition de la peinture. Les ordinateurs n’ont pas fait cesser les gens d’écrire. De la même manière, l’intelligence artificielle peut libérer les chercheurs de la routine administrative et du traitement mécanique de l’information, mais ne peut pas décider seule quelle question est vraiment importante.
C’est l’homme qui détermine la direction de la recherche, doute du résultat et en comprend la signification.
La principale menace ne se trouve pas dans l’espace
La pensée la plus forte de l’interview de Queloz n’est pas liée aux planètes lointaines et même pas à l’intelligence artificielle.
Le scientifique estime que les technologies nécessaires à la recherche de la vie extraterrestre seront créées tôt ou tard. Mais la création d’un télescope, d’un engin spatial ou d’un nouvel algorithme peut prendre des décennies. Un résultat scientifique nécessite des universités stables, un financement à long terme, une coopération internationale et la formation de nouvelles générations de chercheurs.
Les politiciens vivent des cycles électoraux, les entreprises des rapports trimestriels, et la science fondamentale est obligée de planifier son travail sur des décennies.
Queloz évalue sévèrement la réduction du financement de la recherche aux États-Unis. Selon lui, en limitant le soutien à la science, les autorités américaines réduisent avant tout l’influence de l’Amérique elle-même. Il caractérise cette politique comme une tentative de « se tirer une balle dans le pied », surtout lorsque la pression politique affecte les recherches sur le climat et le réchauffement climatique.
La science ne s’arrêtera pas pour autant. Si un pays réduit ses investissements, le centre d’attraction des chercheurs et des technologies se déplace progressivement là où le financement augmente. Queloz s’attend à un renforcement des positions scientifiques de la Chine, de l’Inde et des pays d’Asie du Sud-Est.
Les prix Nobel reflètent généralement des recherches réalisées il y a de nombreuses années ou même des décennies. C’est pourquoi la réduction actuelle des programmes universitaires peut ne pas être immédiatement visible. Ses conséquences se manifesteront plus tard — par une diminution du nombre de découvertes, de spécialistes et de nouvelles technologies.
Pourquoi cela est important pour Israël
Pour Israël, la conversation de Queloz a une signification directe. Le pays dispose de solides universités, de sociétés technologiques et d’un système développé de recherches de défense et spatiales, mais son avantage scientifique dépend également d’un financement continu et de liens internationaux.
L’Agence spatiale israélienne soutient la recherche sur les exoplanètes, la planétologie, le développement d’équipements scientifiques et l’observation de l’espace lointain. L’agence collabore avec la NASA, l’Agence spatiale européenne et d’autres organisations internationales.
À l’Institut Weizmann, de nouveaux télescopes et méthodes de traitement des données astronomiques sont développés. Le complexe situé dans le Néguev est utilisé, entre autres, pour la recherche d’exoplanètes et l’étude de leurs atmosphères.
Les chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem étudient le climat des mondes lointains. L’un des travaux a été consacré à l’influence de l’ozone sur l’atmosphère de Proxima Centauri b — une planète autour de l’étoile la plus proche du Soleil. La modélisation a montré que la composition chimique de l’atmosphère peut influencer considérablement la répartition de la température et des vents, et donc la possible habitabilité de la planète.
Ces projets montrent que la recherche de la vie dans l’univers n’est pas un sujet abstrait pour quelques grandes puissances spatiales. Les scientifiques israéliens participent déjà à la création de connaissances et de technologies dont la réponse future pourrait dépendre.
Pour NAnews — Nouvelles d’Israël, les mots de Queloz soulignent particulièrement le lien entre la liberté scientifique et la stabilité de la société. Un État peut avoir des chercheurs talentueux et des technologies avancées, mais perdre son avantage si les universités doivent constamment lutter pour survivre et si les programmes à long terme deviennent otages de crises politiques.
L’humanité s’est rapprochée de l’une des découvertes les plus importantes de son histoire. Nous savons déjà que la Terre n’est pas la seule planète. Nous avons appris à déterminer la taille des mondes lointains, à mesurer leur masse et à obtenir les premières informations sur leurs atmosphères.
Mais la réponse finale nécessitera de la patience.
Peut-être que des signes de vie seront découverts dans quelques années. Peut-être que cela prendra des décennies. Et probablement, la découverte ne sera pas un message spectaculaire d’une civilisation intelligente, mais un faible signal chimique qui devra être vérifié longtemps.
Didier Queloz est convaincu de la capacité de la science à créer les outils nécessaires. Son doute concerne l’humanité elle-même.
« La question est seulement de savoir si nous aurons le temps ».
Ce n’est plus seulement une question d’astronomie. C’est une question de savoir si les sociétés modernes sont capables de protéger l’éducation, la science et la liberté de recherche assez longtemps pour un jour savoir : sommes-nous seuls dans l’univers.