L’Iran et la Russie font un pas de plus vers la création de leur propre infrastructure financière, moins dépendante des systèmes de paiement occidentaux. À Téhéran, le 17 juin 2026, l’agence IRNA a annoncé que la troisième étape de l’intégration du système bancaire iranien «Shetab» et du système de paiement russe «Mir» devrait être achevée dans les deux prochains mois. Selon l’agence d’État iranienne, c’est ce qu’a déclaré le chef de la Banque centrale d’Iran.
Formellement, cela ressemble à une nouvelle bancaire technique : cartes, terminaux, règlements mutuels, commodité pour les citoyens et les entreprises. Mais en réalité, il s’agit d’un tableau beaucoup plus large. Moscou et Téhéran construisent progressivement un corridor financier qui devrait faciliter le commerce, les règlements et le transfert d’argent entre les deux pays, soumis à une forte pression de sanctions.
Pour le public israélien, cette nouvelle est particulièrement importante.
L’Iran est le principal adversaire stratégique d’Israël au Moyen-Orient. La Russie, après le début de la guerre à grande échelle contre l’Ukraine, s’engage de plus en plus dans une alliance avec Téhéran, y compris une coopération militaire, technologique, diplomatique et économique. Désormais, l’infrastructure de paiement s’ajoute à cette alliance.
Ce qui se passe exactement avec les systèmes «Shetab» et «Mir»
«Shetab» est un système de paiement interbancaire iranien par lequel fonctionnent les cartes, les distributeurs automatiques et les opérations financières internes en Iran. «Mir» est un système de paiement russe créé comme alternative à Visa et Mastercard après le renforcement de la pression des sanctions sur la Russie.
Selon IRNA, la troisième étape de leur intégration est actuellement en cours d’achèvement.
Elle devrait permettre aux parties d’élargir l’utilisation mutuelle des cartes et des instruments de paiement dans les deux pays. Le communiqué indique que l’intégration complète devrait renforcer la coopération commerciale et économique bilatérale et simplifier les règlements entre la République islamique d’Iran et la Fédération de Russie dans le cadre de l’accord monétaire et bancaire.
Des sources d’affaires russes rapportent également que le chef de la Banque centrale d’Iran est arrivé à Moscou pour des négociations sur le développement des liens interbancaires et de nouveaux mécanismes de coopération économique. Selon ces données, il s’agit précisément de l’étape finale de la connexion des systèmes de paiement nationaux Shetab et «Mir».
Ce n’est pas la première étape.
En mai 2025, l’Iran et la Russie ont lancé la deuxième étape de l’intégration, après quoi les citoyens russes ont pu utiliser les cartes «Mir» pour les paiements en Iran via l’application mobile Mir Pay. À l’époque, les sources iraniennes écrivaient clairement que l’étape suivante devait conduire à une compatibilité mutuelle complète des deux réseaux de cartes.
En d’autres termes, les parties ne se contentent pas de signer des déclarations. Elles traduisent progressivement l’alliance politique en une infrastructure technique : distributeurs automatiques, terminaux, paiements mobiles, monnaies nationales, canaux interbancaires.
Pourquoi cela est important non seulement pour les banques
Lorsque deux pays sous sanctions connectent leurs systèmes de paiement, cela signifie non seulement une commodité pour les touristes ou les hommes d’affaires. Cela signifie la création d’un mécanisme qui peut être utilisé pour le commerce, la logistique, les règlements entre entreprises, le service des importations parallèles et le renforcement des liens économiques en dehors du contrôle occidental.
Pour la Russie, c’est un moyen de réduire les conséquences de la déconnexion des canaux financiers habituels. Pour l’Iran, c’est une opportunité d’élargir l’espace économique et d’obtenir un autre canal d’interaction avec un grand partenaire qui est lui-même intéressé par des schémas de contournement.
Pour les deux pays, cela fait partie d’une logique commune : si les systèmes occidentaux deviennent indisponibles, il faut construire les siens. Si les règlements en dollars et en euros sont limités, il faut élargir les règlements en monnaies nationales. Si les cartes internationales ne fonctionnent pas, il faut connecter les réseaux de paiement nationaux.
NAnews — Nouvelles d’Israël souligne : ce sont précisément ces solutions «techniques» qui deviennent souvent le fondement des blocs politiques. D’abord, des accords de règlement apparaissent, puis des routes commerciales, ensuite des canaux d’approvisionnement durables, et enfin une dépendance stratégique plus profonde.
Iran et Russie : la partie financière de l’axe commun
La coopération entre l’Iran et la Russie a depuis longtemps dépassé le cadre de la diplomatie. Moscou a besoin de partenaires prêts à travailler avec elle après l’invasion de l’Ukraine et l’isolement par les sanctions. Téhéran, pour sa part, cherche des moyens de renforcer son économie et d’élargir son influence face à la pression des États-Unis, de l’Europe et d’Israël.
L’intégration des paiements «Shetab» — «Mir» s’inscrit dans ce tableau. Ce n’est pas un épisode isolé, mais une partie d’une ligne plus large : la Russie et l’Iran renforcent leurs liens dans l’énergie, la défense, le secteur bancaire, la logistique et la politique internationale. Pour Israël, c’est important car le renforcement de l’Iran ne reste rarement qu’une question économique.
Lorsque Téhéran obtient plus de possibilités de commerce et de règlements, il obtient plus d’espace pour financer ses projets régionaux. Cela concerne non seulement l’économie, mais aussi l’influence de l’Iran en Syrie, au Liban, en Irak, au Yémen et autour d’Israël.
Bien sûr, l’intégration des cartes «Shetab» et «Mir» ne signifie pas une augmentation automatique de la menace dès demain matin. Mais elle montre la direction du mouvement. L’Iran et la Russie veulent réduire leur dépendance aux institutions occidentales et créer un circuit durable dans lequel les sanctions fonctionneront moins bien.
Pour l’Ukraine, cette nouvelle a également de l’importance. La Russie, qui mène une guerre contre l’Ukraine, obtient des canaux financiers et commerciaux supplémentaires. Pour Israël, le facteur ukrainien n’est pas non plus secondaire : le rapprochement russo-iranien relie plusieurs directions à la fois — la guerre en Europe, la sécurité du Moyen-Orient et la confrontation mondiale autour des sanctions.
Ce que cela peut changer en pratique
Au niveau quotidien, l’intégration peut offrir aux citoyens des deux pays plus de possibilités d’utiliser des cartes à l’étranger : retirer de l’argent, payer dans les magasins, utiliser des applications mobiles et des terminaux. Mais au niveau étatique, la signification est beaucoup plus large.
Premièrement, cela simplifie les règlements entre les entreprises russes et iraniennes. Moins il y a d’intermédiaires, plus il est facile de conclure des transactions.
Deuxièmement, cela augmente le rôle des monnaies nationales. La Russie et l’Iran parlent depuis longtemps de réduire leur dépendance au dollar et à l’euro dans le commerce bilatéral.
Troisièmement, cela peut devenir un exemple pour d’autres pays qui souhaitent travailler avec Moscou et Téhéran, mais craignent les restrictions financières occidentales. Si une telle infrastructure fonctionne de manière stable, elle peut être étendue et connectée à d’autres mécanismes régionaux.
Quatrièmement, cela renforce l’effet symbolique. Moscou et Téhéran montrent qu’ils n’attendent pas de retour à l’ancien système financier, mais construisent leur alternative.
C’est pourquoi la nouvelle de Téhéran ne peut être lue comme un simple communiqué du secteur bancaire. C’est une partie d’une nouvelle réalité dans laquelle les régimes autoritaires et sous sanctions tentent de connecter leurs systèmes internes à une infrastructure parallèle.
Pourquoi Israël doit suivre de telles nouvelles
Pour Israël, le principal problème n’est pas de savoir si un touriste russe pourra payer un achat en Iran, ou si un citoyen iranien pourra retirer des roubles en Russie. Le principal problème est qu’il y a de plus en plus de mécanismes de travail entre Moscou et Téhéran qui rendent leur coopération durable.
Les sanctions ne sont efficaces que lorsqu’elles compliquent non pas une opération isolée, mais tout le système d’interaction. Si la Russie et l’Iran créent leurs propres canaux de paiements, de règlements et de services commerciaux, la pression devient moins forte.
Cela n’annule pas les sanctions occidentales et ne rend pas l’économie russo-iranienne invulnérable. Mais cela aide les deux régimes à s’adapter. Et l’adaptation est précisément ce qui leur permet de résister plus longtemps à la pression extérieure.
NAnews — Nouvelles d’Israël estime qu’il est important pour Israël de regarder ces processus de manière globale. La menace iranienne n’est pas seulement constituée de missiles, de drones et de groupes proxy. Ce sont aussi de l’argent, des banques, des systèmes de paiement, des canaux commerciaux, des technologies et des partenariats qui donnent à Téhéran plus de marge de manœuvre.
Dans cette histoire, il y a aussi une dimension ukrainienne. La Russie cherche des moyens de poursuivre la guerre en contournant les restrictions. L’Iran cherche des moyens de se renforcer tout en restant sous sanctions. Leur rapprochement financier touche non seulement Moscou et Téhéran, mais aussi Kiev, Jérusalem, Washington, Bruxelles et toute la région du Moyen-Orient.
L’intégration finale de «Shetab» et «Mir», si elle est effectivement achevée dans les deux prochains mois, deviendra un autre élément de cet axe. Sur la carte, cela ressemble à un pont bancaire entre la Russie et l’Iran. En termes politiques, c’est une partie de l’infrastructure de résistance à la pression occidentale et de renforcement d’une alliance qu’Israël ne peut pas sous-estimer.
