« Nous ne voulons pas, nous ne voulons pas —
Tu n’attraperas pas les filets.
Nous ne restons pas, nous ne restons pas dans votre internet.
Nous ne voulons pas, nous ne voulons pas,
Nous ne restons pas, nous ne restons pas.
Nous déclarons l’année — tout à l’envers. »
À la télévision russe, ils ont montré un numéro qui, il n’y a pas si longtemps, aurait ressemblé à une parodie politique acerbe. Dans «Pole Chudes», des enfants ont chanté une chanson sur le fait que vivre sans internet serait même bénéfique. Pour le public israélien, cette histoire est importante non seulement comme un nouvel exemple d’absurdité de la Russie, mais aussi comme un symptôme : là-bas, ils ne se contentent plus de limiter la connexion, mais commencent à transformer l’isolement numérique en une norme qu’il faut accepter, justifier et même chanter joliment sur scène.
Ce qui s’est passé sur «Pole Chudes»
Le 20 mars 2026, sur «Pervy Kanal» dans l’émission «Pole Chudes», la directrice du studio vocal «Komilfo» de Volgograd, Anastasia Serebryakova, a interprété avec un groupe d’enfants une chanson sur les avantages de la déconnexion d’internet.
Dans la chanson, les enfants chantent qu’en cas de déconnexion d’internet « il n’y a pas de blogs, pas de chaînes », et soulignent également que dans ce cas, il reste plus de temps pour la communication en direct et les jeux, mais appellent cela un « cauchemar ». Le texte de la chanson dit aussi que «les téléphones ne servent à rien» et qu’il ne faut pas s’inquiéter des leçons non apprises à cause de la déconnexion d’internet, car «voir des amis en réalité est plus amusant». La chanson contient également les mots «la lumière bleue de l’écran n’a pas gâché mon déjeuner».
Le studio est basé dans le complexe municipal de loisirs «21e siècle», dont l’administration de Volgograd est le fondateur.
Ce numéro en lui-même pourrait être pris pour une absurdité télévisuelle, dont il y a beaucoup en Russie.
Mais il est apparu à un moment très précis : Reuters écrivait le 20 mars sur les coupures quotidiennes d’internet mobile dans les quartiers de Moscou, Saint-Pétersbourg et d’autres villes, sur la pression sur Telegram, l’interdiction totale de WhatsApp et la promotion du messager d’État MAX. L’OSW polonais a appelé cela une nouvelle étape de la «souverainisation» de l’internet russe, c’est-à-dire une séparation accrue des citoyens des sources d’information indépendantes.
C’est pourquoi l’histoire de la chanson est importante non pas en elle-même. Elle montre comment l’État essaie de transformer la restriction d’une mesure forcée en une norme morale. D’abord, ils dégradent l’accès à la communication. Ensuite, ils expliquent cela par la sécurité. Et puis ils amènent des enfants sur la scène fédérale pour que tout cela ressemble presque à une valeur éducative.
Pourquoi le Kremlin limite-t-il l’internet
L’explication officielle est connue. Le Kremlin affirme que les restrictions sont nécessaires en raison de la guerre, de la menace des drones ukrainiens, du «non-respect des lois russes» par les plateformes étrangères et de la nécessité de protéger le segment «souverain» du réseau. Reuters a cité les propos de Dmitri Peskov selon lesquels les mesures sont partiellement liées à des questions de sécurité et au comportement des entreprises étrangères, et que la loi sur l’«internet souverain» a été présentée dès 2019 comme une protection de la résilience et de l’intégrité de l’internet russe.
Mais la tâche réelle est plus large. Il ne s’agit pas seulement de bloquer certains sites. Le régime a besoin d’un internet qu’il peut doser, ralentir, couper par zones, filtrer et, si nécessaire, réduire au minimum autorisé. Human Rights Watch a écrit directement que la loi sur l’«internet souverain» a en réalité élargi le contrôle de l’État sur l’infrastructure même du réseau, et Reuters a rapporté en mars 2026 de nouveaux pouvoirs pour les forces de l’ordre pour restreindre l’accès et renforcer la surveillance.
Il y a aussi une deuxième tâche — maintenir le monopole sur l’explication de la guerre et des problèmes internes. Tant que les gens ont accès à Telegram, aux VPN, aux plateformes externes et aux chaînes indépendantes, il est plus difficile pour l’État de contrôler comment la société perçoit ce qui se passe. Reuters a écrit que le renforcement du contrôle de l’internet est également lié au désir du Kremlin de maintenir la stabilité interne pendant la guerre contre l’Ukraine et à la crainte d’une éventuelle augmentation du mécontentement.
Le troisième objectif est de pousser les utilisateurs dans un écosystème contrôlé. Dans ce contexte, Telegram est limité, WhatsApp est interdit, et les gens sont poussés vers MAX — un messager soutenu par l’État, que les critiques considèrent comme un outil de surveillance et de contrôle. Ce n’est plus simplement de la censure au sens ancien, mais une tentative de restructurer l’environnement numérique de manière à ce qu’un citoyen pratique vive à l’intérieur d’un système autorisé et n’utilise que ce qui peut être surveillé.
Pourquoi ici la comparaison avec l’Iran est-elle apparue
La comparaison avec l’Iran n’est pas accidentelle et pas purement journalistique. Reuters a écrit directement que la Russie, en construisant un nouveau système de contrôle de l’internet, s’est inspirée de l’expérience chinoise et iranienne. Freedom House, dans son rapport sur l’Iran pour 2025, a noté que les autorités du pays continuaient de rendre l’accès à l’internet mondial plus coûteux et inconfortable tout en poussant les gens vers une version «interne», domestique du réseau, où il est plus facile pour l’État de contrôler le contenu et de surveiller les utilisateurs. En janvier 2026, Reuters a rapporté que les autorités iraniennes avaient effectivement coupé l’internet et la communication lorsqu’elles réprimaient violemment des manifestations de masse.
C’est pourquoi la comparaison fonctionne. Le modèle iranien n’est pas une absence totale de technologies, mais un internet géré, coûteux, limité et facilement désactivable, qui peut être brusquement atténué en cas de protestation, de guerre ou de crise interne. C’est dans cette direction que la Russie se dirige actuellement particulièrement rapidement. Pas vers «rien ne fonctionne du tout», mais vers un régime où l’État laisse la vie numérique exactement autant qu’elle lui est bénéfique.
Et ici, la chanson sur «Pole Chudes» semble particulièrement révélatrice. Elle emballe en fait la logique iranienne dans un format télévisuel pour enfants : ne vous plaignez pas que le réseau soit coupé ; considérez cela comme un phénomène utile et même moral. Pour les Israéliens, c’est une logique bien reconnaissable d’un régime autoritaire qui d’abord prive, puis exige de la gratitude pour la privation.
Pourquoi on se souvient de la Corée du Nord
La comparaison avec la Corée du Nord est plus sévère, mais elle ne sort pas de nulle part. En Corée du Nord, les utilisateurs ordinaires ont principalement accès non pas à l’internet mondial, mais au réseau interne de l’État ; Freedom House et le Département d’État américain indiquent que l’accès à l’internet mondial y est limité à un cercle restreint d’élites, de fonctionnaires et de personnes spécialement autorisées. Pour la plupart des citoyens, l’environnement numérique est initialement conçu comme un outil d’isolement et de surveillance, et non comme un espace d’accès libre à l’information.
Il est clair que la Russie n’est pas encore la Corée du Nord. En Russie, il reste encore des vestiges de l’internet externe, des moyens de contournement, des VPN et des chaînes indépendantes, et la société elle-même est beaucoup plus technologiquement intégrée au réseau mondial que la société nord-coréenne. Mais la comparaison nord-coréenne surgit à cause d’une autre chose — à cause de l’esthétique et de la direction du mouvement. Lorsque l’État ne se contente pas de limiter l’accès, mais commence à romantiser culturellement le manque de liberté, en montrant aux enfants que sans internet c’est bien, cela rappelle déjà non pas la technique de contrôle iranienne, mais la manière nord-coréenne de présenter la privation comme une vertu.
Autrement dit, pour être tout à fait précis, la Russie aujourd’hui est plus proche non pas du modèle nord-coréen complet, mais d’un mélange de deux logiques. En termes d’infrastructure et de pratiques de coupures, elle emprunte de plus en plus à l’Iran : contrôle interne, isolement, possibilité de couper rapidement la communication en cas de crise. En termes de présentation propagandiste, elle s’aventure de plus en plus souvent sur le territoire nord-coréen, où la pauvreté, le déficit, la restriction et le manque de liberté sont présentés comme un signe de vie correcte.
Pourquoi pour Israël ce n’est pas une histoire étrangère
Pour le public israélien, il y a ici un contraste très simple. En Israël, la communication pendant la guerre n’est pas un caprice ni une «dépendance à internet». C’est une partie de l’infrastructure de survie : alertes, famille, abris, transport, cartes, paiements, coordination, nouvelles. C’est pourquoi l’histoire de la chanson sur «Pole Chudes» doit être lue non pas comme un récit exotique sur la télévision russe, mais comme un signe clair que l’État en Russie apprend à transformer la privation de communication en norme sociale.
Pour les lecteurs de NAnovosti — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency, c’est important aussi parce que de tels régimes ne sont pas seulement dangereux à l’intérieur. Lorsqu’un État construit un système dans lequel les citoyens peuvent savoir moins, voir moins et se coordonner moins, il devient plus agressif, plus nerveux et plus dangereux à l’extérieur. L’isolement de sa propre société ne reste presque jamais un projet purement interne. Il va presque toujours de pair avec l’expansion extérieure, la militarisation et la recherche constante d’un ennemi. C’est déjà une conclusion analytique, mais elle découle directement de la manière dont les régimes autoritaires lient le contrôle de l’information au contrôle de la société.
Pourquoi nos conclusions sont-elles telles
Si l’on rassemble tous les faits, le tableau est assez sévère. Il y a une loi sur l’«internet souverain». Il y a de réelles coupures de communication mobile et des problèmes d’accès aux messagers. Il y a une pression sur les plateformes indépendantes et la promotion des services d’État. Il y a une inspiration de l’expérience iranienne. Il y a un numéro télévisé où des enfants sont mis à justifier l’isolement numérique. Tout cela est déjà difficile à appeler un ensemble aléatoire d’épisodes. C’est une ligne.
C’est pourquoi la comparaison avec l’Iran et la Corée du Nord dans cette histoire n’est pas pour faire joli. Elle est nécessaire pour décrire plus précisément ce qui se passe. Avec l’Iran, la Russie partage précisément le modèle d’un internet géré et désactivable. Avec la Corée du Nord — la logique de la présentation idéologique du manque de liberté, où l’on propose aux gens non seulement de supporter les restrictions, mais de les considérer comme correctes et même utiles. Et pour parler très franchement, le mot «Mordor» ici n’est bien sûr pas un terme analytique, mais une métaphore journalistique. Mais en tant que métaphore, il transmet déjà assez précisément l’humeur de ce qui se passe : le pays est habitué à vivre moins bien, à savoir moins et à considérer cela comme la norme.
La conclusion finale est sévère, mais honnête.
Sur «Pole Chudes», ils n’ont pas montré simplement un numéro raté et pas une étrange activité amateur de Volgograd. Ils ont montré comment l’État apprend à la société à aimer ses propres restrictions. Et c’est précisément à ce moment-là que la comparaison avec l’Iran et la Corée du Nord cesse d’être seulement une émotion et devient un diagnostic politique compréhensible.
