Une vidéo créée à l’aide de l’intelligence artificielle est apparue en ligne, montrant prétendument des frappes sur des centres de données ukrainiens. Dans le récit de propagande, Kiev est lié à une opération contre le leader suprême de l’Iran, Ali Khamenei, mais il n’y a aucune preuve de cette version.
Vidéo IA au lieu de preuves : ce que les chaînes iraniennes ont diffusé
Les ressources d’information iraniennes et prorusses ont commencé à diffuser une vidéo créée à l’aide de l’intelligence artificielle, montrant prétendument des frappes de missiles sur des installations technologiques ukrainiennes. La vidéo mentionne trois villes d’Ukraine — Kiev, Kharkiv et Dnipro. Selon les auteurs de la vidéo, c’est là que se trouvaient prétendument les « centres » liés à la préparation d’une opération contre le leader suprême de l’Iran, Ali Khamenei.
Les premières publications notables et partages de la vidéo sont apparus le 30 avril 2026. Dès le 1er mai, les médias ukrainiens et internationaux ont remarqué qu’il ne s’agissait pas de frappes réelles, mais d’une vidéo de propagande IA diffusée comme un élément de pression sur l’Ukraine. UNITED24 Media écrit que la vidéo a été diffusée en ligne, y compris via un compte lié à Sprinter Press Agency, et qu’elle montre les prétendues « frappes » sur des installations à Kiev, Kharkiv et Dnipro.
L’essentiel de cette histoire est l’absence de preuves.
À l’heure actuelle, il n’existe pas de données publiquement confirmées indiquant que les centres de données ukrainiens ont réellement été utilisés pour préparer une quelconque opération contre Ali Khamenei. Selon les publications ouvertes, la vidéo elle-même a été créée à l’aide de l’intelligence artificielle et ne montre pas de véritables images d’attaque, mais une visualisation montée.
Quelles villes et installations ont été mentionnées
Dans les publications autour de la vidéo, Kiev, Kharkiv et Dnipro sont mentionnés. Le média spécialisé ukrainien dev ua écrit que dans la vidéo de propagande, les centres de données De Novo, UKRNAMES et iDataCenter, ainsi que des installations liées à DNIPRO-Technocenter, auraient été touchés. Selon dev ua, les adresses mentionnées dans la vidéo abritent des infrastructures informatiques civiles et des entreprises technologiques, et non des « centres de renseignement » avérés, comme les auteurs de la vidéo tentent de le faire croire.
C’est un point fondamental.
La propagande utilise de vraies villes, de vraies adresses ou noms d’entreprises, puis leur superpose un récit politique. En conséquence, le spectateur a l’impression qu’il s’agit d’informations militaires vérifiées. Mais en réalité, il peut s’agir d’une simple manipulation : géographie réelle plus image créée artificiellement plus accusation sans preuve.
Pourquoi l’Iran a-t-il intérêt à impliquer l’Ukraine dans ce récit
L’Iran n’est plus un observateur neutre de la guerre russo-ukrainienne depuis longtemps. Les drones iraniens Shahed sont devenus l’un des symboles des attaques nocturnes sur les villes ukrainiennes. Par conséquent, l’apparition d’une vidéo où l’Ukraine est présentée non plus comme victime des armes iraniennes, mais comme participante à une prétendue opération contre la direction iranienne, ne semble pas être une simple explosion émotionnelle, mais fait partie d’une ligne d’information plus large.
Ce schéma est pratique pour Téhéran pour plusieurs raisons.
Premièrement, il permet de détourner l’attention du rôle de l’Iran dans la guerre contre l’Ukraine. Au lieu de parler de drones, de livraisons, de coopération militaire avec la Russie et de frappes sur l’infrastructure civile ukrainienne, le public se voit proposer une autre image : l’Ukraine serait elle-même devenue partie d’une opération hostile contre l’Iran.
Deuxièmement, cela permet de lier Kiev à Israël et aux États-Unis aux yeux du public iranien. Pour la propagande interne de l’Iran, ce récit est particulièrement pratique : l’Ukraine est présentée non pas comme un pays distinct qui se défend contre l’agression russe, mais comme une partie du « camp ennemi » contre lequel il faut mobiliser la population.
Troisièmement, de telles vidéos peuvent fonctionner comme un avertissement ou une menace. Même si elles ne sont pas suivies d’un scénario militaire immédiat, elles créent un contexte : les villes ukrainiennes sont désignées comme cibles, les entreprises ukrainiennes sont montrées comme des objectifs, et le spectateur est persuadé qu’une « réponse » est possible et justifiée.
C’est pourquoi НАновости — Nouvelles d’Israël considère cette histoire non pas comme un simple faux, mais comme un exemple inquiétant de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la guerre politique. La vidéo peut être fausse, mais les conséquences de sa diffusion sont bien réelles : peur, pression, tentative de discréditer l’Ukraine et préparation du public à des déclarations plus sévères.
Réaction des entreprises ukrainiennes
Les représentants du secteur informatique ukrainien ont réagi à la vidéo avec ironie, mais aussi avec une compréhension des risques. Dans le matériel de dev ua, la réaction des dirigeants des entreprises mentionnées dans cette construction de propagande est présentée.
En particulier, le chef de UKRNAMES DATACENTER, Alexander Loboda, a déclaré que la vidéo ressemblait davantage à un travail de propagande, ayant peu à voir avec la réalité, qu’à une véritable description de la menace. Selon lui, les systèmes de surveillance et les services de sécurité n’ont pas enregistré d’activité suspecte liée à l’apparition de la vidéo.
Pour l’Ukraine, qui vit quotidiennement sous la menace des attaques russes, la vidéo de propagande iranienne n’est pas plus effrayante que la guerre réelle. Mais le problème est ailleurs : ces vidéos peuvent être reprises par les chaînes russes, traduites, amplifiées et utilisées contre le public occidental, israélien ou du Moyen-Orient.
Pour Israël, c’est aussi un signal important
Pour le public israélien, cette histoire a une signification distincte. La propagande iranienne tente de construire une vision du monde où l’Ukraine, Israël et les États-Unis se retrouvent dans un même « bloc ennemi ». Pendant ce temps, Téhéran participe depuis des années à la déstabilisation de la région, soutient les forces anti-israéliennes et coopère avec Moscou, qui mène une guerre à grande échelle contre l’Ukraine.
C’est ici que se trouve l’intérêt commun de l’Ukraine et d’Israël : ne pas permettre à l’Iran de réécrire la réalité.
L’Ukraine n’a pas attaqué l’Iran. L’Ukraine se défend contre l’agression russe. Israël, à son tour, vit sous la menace constante de l’axe iranien. Par conséquent, la tentative de Téhéran de présenter les centres de données ukrainiens comme faisant partie d’une opération contre Khamenei sans preuves n’est pas seulement un faux sur la technologie. C’est un élément d’une construction politique où la victime est rendue coupable.
НАновости — Nouvelles d’Israël estime qu’il est important de documenter ces cas dès leur apparition. Plus vite une vidéo de propagande est vérifiée, plus il est difficile de la transformer en « fait bien connu » pour des millions de personnes.
Pourquoi c’est dangereux même sans frappe réelle
Les vidéos IA changent les règles de la guerre de l’information. Auparavant, les propagandistes devaient chercher des images, monter des archives, faire passer de vieilles séquences pour de nouvelles. Maintenant, il suffit de générer une « frappe », d’ajouter des noms de villes, d’insérer une accusation politique — et la vidéo ressemble déjà à un reportage presque prêt.
C’est particulièrement dangereux lorsque ces matériaux sont diffusés dans le contexte de crises internationales réelles. L’Iran peut les utiliser pour la mobilisation interne. La Russie — pour renforcer la campagne anti-ukrainienne. Les blogueurs prorusses — pour affirmer que l’Ukraine « s’implique elle-même » dans de nouveaux conflits.
Mais les faits disent autre chose pour l’instant : il y a une vidéo IA, il y a une accusation sans preuve, il y a une tentative de lier l’Ukraine à une opération contre Ali Khamenei. Il n’y a pas de preuves de la participation de Kiev à une telle opération en accès libre.
L’histoire de la vidéo IA iranienne montre que la guerre contre l’Ukraine ne se mène pas seulement avec des missiles, des drones et des déclarations diplomatiques. Elle se mène avec des images, des faux, des pseudo-preuves et des vidéos émotionnelles conçues pour susciter la peur et la haine.
Kiev, Kharkiv et Dnipro dans cette vidéo ne sont pas devenus de véritables cibles de frappe, mais des décors pour une campagne de propagande étrangère. Mais c’est précisément pour cette raison que ces matériaux ne peuvent être ignorés.
Quand l’Iran, allié de la Russie et ennemi d’Israël, commence à lier sans preuve l’Ukraine à des opérations contre sa direction, ce n’est plus une provocation d’information locale. C’est une tentative d’élargir le champ des accusations et de préparer le public à une nouvelle vague de pression.
