Ce n’est pas une nouvelle classique d’Israël, mais ce sont précisément ces histoires qui sont importantes pour le lecteur israélien : l’Ukraine en guerre montre que même sous les coups, elle continue de vivre, de développer la communauté juive, de soutenir la culture et de transformer la mémoire en un dialogue vivant entre les générations.
Dans la galerie « Le Violoniste sur le toit » (original ukr. – «Скрипаль на даху») à la Synagogue Brodsky à Kiev, une exposition de design graphique étudiant «Judaïca dans l’affiche ukrainienne» s’ouvre. Ce n’est pas simplement une affiche d’événement culturel, mais une discussion sur la façon dont la mémoire juive de l’Ukraine continue de vivre dans le langage visuel contemporain.
Le projet est présenté avec la participation de la galerie «Скрипаль на даху», de la communauté juive de Kiev, de la Fondation caritative Sholem Aleichem, de la section affiche et design graphique de KONSCHU, de l’Académie nationale des cadres dirigeants de la culture et des arts, de l’Université de la culture de Kiev et de l’initiative Creative Resistance.
Derrière le titre «Юдаїка в українському плакаті» se cache bien plus qu’un projet graphique étudiant.
C’est une discussion sur la façon dont le thème juif résonne dans la culture ukrainienne contemporaine. Pas comme une vitrine de musée, pas comme une mémoire figée des archives, mais comme un langage visuel vivant avec lequel travaillent de jeunes designers.
L’ouverture de l’exposition aura lieu le 28 mai à 18h00 dans la galerie «Скрипаль на даху» à Kiev. L’espace est situé à l’adresse : rue Shota Rustaveli, 13, entrée par la rue Esplanadna. L’exposition se tiendra du 28 mai au 23 juin, entrée libre.
Et déjà le lieu lui-même explique beaucoup.
Le lien de l’exposition avec la Synagogue Brodsky est renforcé par la figure du rabbin Moshe Reuven Asman. Il est lié à la synagogue centrale de Kiev Brodsky en tant que grand rabbin ; dans les publications ukrainiennes et internationales, il est également appelé grand rabbin d’Ukraine. Pour cette histoire, cela est important non pas formellement, mais en substance : la Synagogue Brodsky est depuis longtemps non seulement une maison de prière, mais aussi l’un des symboles de la renaissance de la vie juive à Kiev. C’est pourquoi l’exposition sur la judaïca dans l’affiche ukrainienne se déroule non seulement dans un beau bâtiment historique, mais dans un espace communautaire vivant qui, en temps de guerre, continue de prier, d’aider, de se souvenir des défunts et de rester une partie de la résistance civile ukrainienne.
L’affiche comme discussion sur la mémoire
Judaïca dans l’affiche ukrainienne — un thème délicat et complexe. Il ne s’agit pas seulement de symboles religieux, d’ornements, de lettres hébraïques ou d’images reconnaissables. Ce qui est bien plus important, c’est comment l’Ukraine contemporaine regarde l’héritage juif, qui a été pendant des siècles une partie de ses villes, bourgs, rues, langue, musique, commerce, littérature et mémoire tragique.
L’affiche dans ce sens est un genre très précis.
Elle n’aime pas les longues explications. Elle doit parler rapidement, fortement et clairement. Une image, une composition, un coup de couleur — et le spectateur comprend déjà que ce n’est pas simplement une image, mais une déclaration.
C’est pourquoi l’exposition peut s’avérer aussi importante qu’une conférence académique. Les jeunes designers travaillent avec le thème non pas comme avec une note historique obligatoire, mais comme avec un matériau que l’on peut ressentir, démonter et reconstruire.
Pourquoi c’est important maintenant
L’Ukraine traverse une guerre où il ne s’agit pas seulement de territoires, mais aussi du droit à sa propre mémoire. La Russie tente de détruire des villes, d’effacer des biographies, de s’approprier l’histoire et d’imposer une optique étrangère. Dans une telle situation, les projets culturels ne deviennent pas un ornement de la vie, mais un moyen de résister à l’oubli.
L’histoire juive de l’Ukraine est l’une des parties les plus complexes de cette mémoire.
Elle comprend de grands noms, des communautés, des synagogues, des bourgs, de la musique, de la littérature, des itinéraires hassidiques, de l’art moderniste, des biographies sionistes, l’Holocauste, le silence soviétique et une nouvelle tentative de retour à une conversation honnête. Ce n’est pas une seule ligne, mais une carte entière.
L’exposition «Юдаїка в українському плакаті» est importante précisément parce qu’elle ne confine pas ce thème au passé. Elle montre : l’héritage vit non pas quand on le protège seulement, mais quand de nouvelles générations commencent à en parler.
Galerie «Скрипаль на даху» : un lieu où les symboles fonctionnent plus fort que les mots
La galerie «Скрипаль на даху» est située dans le bâtiment de la Synagogue Brodsky — l’une des adresses juives les plus reconnaissables de Kiev. Ce n’est pas une salle d’exposition neutre où l’on peut apporter n’importe quel thème et simplement accrocher des œuvres aux murs.
Ici, le lieu lui-même devient une partie du sens.
Le nom de la galerie n’est pas non plus un hasard. «Скрипаль на даху» renvoie à l’image de la tradition juive, de la fragilité, de la survie, de la mémoire familiale et du mouvement constant entre l’ancien monde et le nouveau temps. Le Violoniste sur le toit n’est pas seulement une citation culturelle. C’est un symbole de la vie à la frontière : entre la stabilité et le danger, entre la maison et la route, entre le passé et l’avenir.
C’est dans un tel espace que l’exposition sur la judaïca dans l’affiche ukrainienne résonne particulièrement bien.
Elle ne dit pas : «Regardez ce qui était autrefois». Elle dit autrement : «Regardez comment cela continue de vivre».
Pour le public israélien, ce projet est particulièrement intéressant. En Israël, le thème juif ukrainien est souvent perçu à travers des histoires familiales, l’aliyah, la mémoire des bourgs, la tragédie de l’Holocauste, les figures de rabbins, écrivains, artistes, politiciens et personnalités publiques liées à Kiev, Odessa, Lviv, Drohobytch, Tchernivtsi, Ouman et d’autres villes.
Mais l’Ukraine d’aujourd’hui montre une autre couche : l’héritage juif n’est pas seulement rappelé. Il est inclus dans la conversation culturelle contemporaine.
C’est pourquoi НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency considère une telle exposition non pas comme une simple affiche de Kiev, mais comme une partie d’un grand dialogue ukraino-israélien sur la mémoire, l’identité et la place de la culture juive dans l’Ukraine contemporaine.
Kiev comme ville de croisements
Kiev a toujours été une ville de nombreuses cultures. Les lignes ukrainienne, juive, polonaise, russophone, soviétique, européenne, religieuse et laïque s’y sont constamment croisées — parfois pacifiquement, parfois douloureusement, parfois tragiquement.
C’est pourquoi une exposition au centre de Kiev, dans l’espace de la communauté juive, en temps de guerre, avec la participation d’étudiants et de conservateurs liés à l’art ukrainien et au thème public ukraino-israélien, apparaît comme un geste important.
Ce n’est pas une tentative de faire une belle décoration autour d’une histoire complexe.
Au contraire : c’est une tentative de reconnaître qu’une histoire complexe nécessite un nouveau langage. Et l’affiche contemporaine peut devenir ce langage — direct, émotionnel, visuel, compréhensible même sans longues conférences.
Conservateurs et jeunes designers : qui est derrière le projet
Les conservateurs de l’exposition sont Albert-Leizer Feldman et Andriy Budnyk. C’est une combinaison importante, car chacun d’eux apporte son optique au projet.
Albert-Leizer Feldman est un artiste ukraino-israélien, un activiste public, docteur en psychologie, une personne dont la biographie est liée à l’Ukraine, Israël, la mémoire juive et les initiatives civiles. Sa participation au projet fait de l’exposition une partie d’une conversation plus large : non seulement sur le design graphique, mais aussi sur la façon dont la culture aide la société à maintenir le lien avec le passé.
Andriy Budnyk est un artiste ukrainien, graphiste, affichiste, designer et pédagogue, lié à l’école ukrainienne de l’affiche et à la formation de jeunes auteurs. Son rôle est particulièrement logique : l’exposition est construite autour de l’affiche comme forme d’expression artistique et publique.
En conséquence, le projet relie deux lignes.
La première — l’héritage juif de l’Ukraine, la mémoire, l’histoire communautaire, le lien de Kiev avec la culture juive. La deuxième — l’affiche ukrainienne comme genre qui, en temps de guerre, a acquis une nouvelle force : des affiches culturelles à la résistance visuelle contre l’agression russe.
Pourquoi précisément les étudiants
Le plus intéressant dans cette exposition n’est pas seulement le thème, mais aussi les auteurs. Le design graphique étudiant devient ici un moyen de vérifier comment la nouvelle génération voit la judaïca.
C’est fondamental.
Quand seuls les aînés parlent de l’héritage, il se transforme souvent en obligation. Quand de jeunes artistes y viennent, il peut redevenir vivant. Ils choisissent d’autres couleurs, d’autres compositions, d’autres associations visuelles. Ils peuvent se tromper, débattre, chercher, mais c’est précisément dans cette recherche qu’une nouvelle énergie culturelle apparaît.
Pour l’Ukraine, c’est particulièrement important. Un pays qui se défend contre un ennemi extérieur continue en même temps de construire sa propre identité complexe. Pas simplifiée, pas unidimensionnelle, pas fermée, mais une où il y a de la place pour les lignes de mémoire ukrainienne, juive, tatare de Crimée, polonaise, arménienne, grecque, bulgare et autres.
Le thème juif dans un tel contexte cesse d’être une «histoire étrangère». Il revient là où il a toujours été : dans le tissu de la ville ukrainienne, de la culture ukrainienne et de la mémoire ukrainienne.
L’exposition comme signe pour Israël
Pour le lecteur israélien, cette histoire est importante aussi parce qu’elle montre l’Ukraine non seulement à travers les nouvelles du front, les missiles, la diplomatie et les demandes d’aide.
On voit ici une autre Ukraine — un pays qui, même en temps de guerre, continue de parler de culture, d’héritage juif, de jeunes auteurs, de mémoire et d’avenir.
Cela n’annule pas la douleur et ne rend pas la réalité plus facile. Mais ce sont précisément ces événements qui montrent que la société ne vit pas seulement de survie. Elle continue de créer des significations.
L’exposition «Юдаїка в українському плакаті» rappelle une chose simple mais importante : la mémoire ne peut être préservée uniquement par un ordre, une date commémorative ou un discours officiel. Elle doit être constamment traduite dans le langage du temps.
Aujourd’hui, ce langage devient l’affiche.
Vive, tranchante, contemporaine, parfois minimaliste, parfois émotionnelle, mais toujours adressée directement au spectateur.
Et si de jeunes designers ukrainiens s’emparent du thème de la judaïca, cela signifie que cette mémoire n’a pas disparu. Elle continue de résonner — déjà avec d’autres lignes, polices, couleurs et images.
Informations sur l’exposition
Exposition : «Юдаїка в українському плакаті»
Ouverture : 28 mai, 18h00
Dates : 28.05 — 23.06
Entrée : libre
Horaires : dimanche–jeudi, 12h00–19h00
Adresse : Kiev, rue Shota Rustaveli, 13
Entrée : par la rue Esplanadna
Conservateurs : Albert-Leizer Feldman, Andriy Budnyk
