Le travail sur la création d’un Tribunal spécial pour le crime d’agression russe contre l’Ukraine est en cours depuis 2022. Ce n’est pas un processus rapide ni un geste télévisuel, mais une construction politico-juridique lourde, où chaque décision doit résister à la pression du temps, de la diplomatie et des futures attaques de la propagande du Kremlin.
Selon l’avocat Youri Belous, qui s’occupe de la collecte de preuves des crimes de guerre de la Russie contre l’Ukraine et représente les victimes de ces crimes devant les tribunaux, l’actuelle phase préparatoire pourrait se terminer au début de 2027. Après cela, la partie pratique devrait commencer : sélection des juges, procureurs et personnel du futur tribunal.
Pour l’Ukraine, ce n’est pas seulement une question de punir des individus spécifiques.
C’est une tentative de redonner un sens au droit international après que la Russie l’ait pratiquement pris en otage, en utilisant son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et en bloquant les décisions liées à sa propre agression.
Pourquoi précisément La Haye
Le choix de La Haye semble symbolique et pratique à la fois.
Belous appelle La Haye « la capitale du droit international » et souligne que les Pays-Bas offrent un espace sûr et professionnellement préparé pour un tel travail. Des tribunaux internationaux, des institutions juridiques et une expertise y sont déjà concentrés, sans lesquels un tel processus ne peut être sérieusement lancé.
Pour le public israélien, cela envoie un signal important. Le droit international peut sembler lointain tant qu’il s’agit d’une guerre étrangère, mais en réalité, son affaiblissement revient toujours dans les crises régionales — au Moyen-Orient, en Europe, dans les débats sur la sécurité, l’autodéfense et la responsabilité des États.
Si l’agression contre l’Ukraine reste sans tribunal distinct, ce ne sera pas un problème ukrainien. Ce sera une invitation pour d’autres régimes à tester les limites du permis.
Comment la Russie attaquera le tribunal
Le Kremlin, selon Belous, prépare déjà des attaques informationnelles contre le futur tribunal spécial. La ligne principale sera habituelle : la Russie essaiera à nouveau de se présenter non pas comme un agresseur, mais comme une « victime du droit international sélectif ».
Ce n’est pas un schéma nouveau.
D’abord Moscou détruit les règles, puis déclare que les règles fonctionnent de manière injuste. D’abord elle attaque, puis elle exige de discuter non pas du crime d’agression, mais des « doubles standards ». D’abord elle tue des civils, puis elle déplace la conversation sur les États-Unis, Israël, l’Iran, l’Irak, l’Afrique et tout autre sujet qui aidera à brouiller le focus.
Israël dans le cadre de la propagande russe
Il est particulièrement important que Belous avertisse directement : la Russie utilisera également le thème d’Israël. Dans la rhétorique russe, il peut y avoir des tentatives de mettre côte à côte le tribunal spécial pour l’agression contre l’Ukraine et les affaires de la Cour pénale internationale liées aux actions d’Israël.
Pour Israël, c’est un point sensible.
Le Kremlin n’a pas besoin d’une comparaison juridique honnête. Il a besoin d’une confusion informationnelle, où tous les conflits se mélangent en un seul bruit, et où l’on dit au spectateur : « tous sont pareils », « personne n’a le droit de juger la Russie », « La Haye est politisée ». Ce subterfuge ne profite pas au droit, mais à ceux qui veulent échapper à la responsabilité.
C’est pourquoi il est important pour la société israélienne de distinguer les différents mécanismes juridiques, les différents crimes et les différentes juridictions. Le tribunal spécial pour l’agression russe est une question d’attaque d’un État contre un autre. Ce n’est pas un substitut à la Cour pénale internationale et ce n’est pas un débat sur l’actualité.
НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency considère ce sujet non pas comme une histoire juridique européenne lointaine, mais comme une partie de l’agenda israélo-ukrainien large : lorsque le droit international est brisé en Ukraine, les conséquences se font inévitablement sentir en Israël.
Mandats, coalition et lutte pour la légitimité
Selon FREEДОМ, 36 États ont rejoint le comité d’organisation du tribunal spécial. Cela signifie que les pays participants reconnaissent le futur mécanisme comme légitime et pourront arrêter sur leur territoire les personnes pour lesquelles des mandats seront émis.
Il n’y a pas de magie ici.
Le droit international fonctionne par la coopération des États. Si un pays est prêt à reconnaître le mandat, à arrêter le suspect et à le remettre au tribunal, le mécanisme prend de la force. Sinon, une lutte politique commence, avec pression diplomatique et guerre de l’information.
Et la Russie frappera précisément là.
Le Kremlin, selon Belous, discréditera non seulement l’idée même du tribunal, mais aussi les juges, procureurs et membres de l’équipe. Pour cela, les réseaux sociaux, les blogueurs pro-guerre avec des millions d’audiences et différentes versions du même argument, adaptées à différentes régions du monde, peuvent être utilisés.
Différents pays — différentes manipulations
Pour l’Afrique, la Russie peut dire que les tribunaux internationaux poursuivent prétendument plus souvent les dirigeants des États africains. Pour les pays avec de forts sentiments anti-américains — rappeler la guerre en Irak. Pour le Moyen-Orient — mettre dans le même cadre l’Iran, Israël, les États-Unis et l’Ukraine.
L’objectif est simple : non pas expliquer, mais embrouiller.
Plus il y a de bruit autour de La Haye, plus il est facile pour le Kremlin de convaincre son propre public et une partie du monde extérieur que le tribunal « n’existe pas », que c’est un « projet politique », que « tout le monde est coupable ». Mais c’est précisément pourquoi le tribunal spécial est important : il doit ramener la conversation au fait principal — la Russie a commencé une guerre agressive contre l’Ukraine.
Pour Israël, il y a une autre conclusion pratique. La propagande russe ne fonctionne pas seulement contre l’Ukraine depuis longtemps. Elle entre dans l’agenda du Moyen-Orient, utilise les douleurs locales, reprend les thèmes d’Israël et les transforme en un outil de défense de Moscou. C’est pourquoi la question du tribunal spécial n’est pas seulement une question de La Haye. C’est une question de savoir qui fixera les règles dans le monde après la guerre : le droit ou la force.
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