NAnews – Nikk.Agency Actualités Israël

Pékin entre Trump et Poutine : pourquoi la Chine n’est pas devenue l’arbitre principal de la guerre

Au cours des deux dernières semaines, Pékin est devenu l’une des principales plateformes diplomatiques de la politique mondiale. D’abord, Donald Trump s’y est rendu, puis Poutine. Les deux visites ont été présentées comme des événements majeurs, mais au final, il est devenu clair : ni Washington ni Moscou n’ont obtenu de Xi Jinping tout ce qu’ils espéraient.

Pour l’Ukraine, c’est un signal important. La Chine parle toujours de « règlement politique » et de « rôle constructif », mais ne qualifie pas la guerre de la Russie contre l’Ukraine de guerre. Dans la rhétorique officielle chinoise, elle reste une « crise », et dans les formulations conjointes de Pékin et Moscou, on entend à nouveau la nécessité d’éliminer les « causes profondes ».

.......

C’est cette phrase qui est particulièrement importante. Le Kremlin l’utilise comme un écran diplomatique pour ses anciennes exigences : reconnaissance des sphères d’influence, pression sur l’Ukraine, limitation de sa souveraineté et consolidation effective des résultats de l’agression. La Chine ne répète pas tous les thèses russes mot pour mot, mais ne crée pas non plus de véritable pression sur Moscou.

Macron avertit l’Europe

Le président français Emmanuel Macron, lors de sa visite en Grèce fin avril, a déclaré que l’Europe traversait un moment où le président des États-Unis, le dirigeant de la Russie et le leader de la Chine agissaient pratiquement contre les intérêts européens. Selon lui, c’est le moment où l’Europe doit se réveiller définitivement.

Paris continue néanmoins de maintenir un canal de dialogue avec Pékin, espérant que la Chine puisse transmettre à Moscou des signaux sur la nécessité de mettre fin à la guerre. Mais le problème est que Pékin ne semble pas intéressé par une véritable pression sur Poutine pour la paix.

Pour Israël, ce sujet n’est pas éloigné. Si la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord agissent de plus en plus ensemble, les conséquences de cette alliance se font sentir non seulement à Kiev ou à Bruxelles, mais aussi au Moyen-Orient.

Doutes sur les garanties américaines : Taïwan, l’OTAN et un signal inquiétant pour les alliés

L’une des principales questions des discussions entre Xi et Trump a été Taïwan. Pour Pékin, c’est une question de principe, surtout dans le contexte du paquet d’armements américain pour Taipei de 14 milliards de dollars, convenu en décembre 2025.

Après sa visite en Chine, Trump a pratiquement remis en question non seulement le soutien défensif déjà approuvé pour Taïwan, mais aussi la volonté des États-Unis de défendre l’île en cas d’attaque de la Chine continentale. Ses propos selon lesquels l’Amérique devrait « parcourir 9500 miles » pour se battre pour Taïwan ont été perçus comme un signal par plusieurs capitales.

À Pékin, de telles déclarations sont entendues très attentivement. À Moscou aussi.

Si Washington met en pause l’aide à Taïwan, cela frappe l’idée même de la fiabilité des garanties américaines. Pour l’Europe, l’Ukraine et Israël, la question n’est plus seulement Taïwan. La question est de savoir à quel point les engagements des États-Unis envers leurs alliés restent solides alors que le monde entre dans une nouvelle phase de pression militaire.

.......

L’Europe doit se défendre elle-même

Parallèlement, les États-Unis continuent de modifier leur approche de la sécurité européenne. Même les déclarations sur des troupes américaines supplémentaires en Pologne n’annulent pas la ligne générale : la défense conventionnelle de l’Europe est de plus en plus considérée comme une tâche pour l’Europe elle-même, et les États-Unis sont prêts à se concentrer principalement sur la dissuasion nucléaire.

Cette logique a été précédemment exprimée par le sous-secrétaire à la Défense Elbridge Colby, remettant pratiquement en question l’interprétation habituelle de l’article 5 de l’OTAN sur la défense collective.

Dans ce contexte, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, appelle à se préparer à une réduction supplémentaire de la présence militaire américaine en Europe. En même temps, l’idée d’acheter plus d’armes aux entreprises américaines est discutée pour maintenir Washington dans l’alliance. Mais de nombreux pays européens veulent autre chose : développer leur propre industrie de défense et réduire leur dépendance aux États-Unis.

Pour le front ukrainien, cela signifie une chose : l’Europe doit passer plus rapidement des déclarations à la production, à la logistique et aux solutions militaires à long terme.

Le facteur iranien, la faiblesse des États-Unis et l’avantage pour Moscou et Pékin

Une ligne distincte est la guerre au Moyen-Orient et le rôle de l’Iran. Selon les experts américains, les stocks d’armes des États-Unis étaient déjà sous forte pression avant la nouvelle escalade autour de l’Iran. La production de missiles JASSM, Tomahawk et d’intercepteurs pour Patriot peut prendre des années.

Cela crée un problème stratégique. Les États-Unis ont du mal à maintenir simultanément la tension dans la région indo-pacifique, à soutenir l’Europe, à aider l’Ukraine et à mener une campagne prolongée contre l’Iran. Moscou et Pékin le comprennent.

La Russie et la Chine aident l’Iran à restaurer son potentiel militaire, et l’Iran lui-même reste une menace directe pour Israël et pour la stabilité régionale. Les drones d’attaque bon marché, les attaques massives, la pression sur les routes énergétiques et le blocage du détroit d’Ormuz montrent à quel point la défense occidentale est devenue coûteuse et à quel point la coopération des régimes autoritaires est dangereuse.

C’est pourquoi НАновости — Nouvelles d’Israël Nikk.Agency considère cette histoire non seulement comme un sujet ukraino-européen. Pour le public israélien, toute la chaîne est importante : la guerre russe contre l’Ukraine, le soutien chinois à Moscou, la menace iranienne au Moyen-Orient et les hésitations des États-Unis sur les questions de sécurité des alliés.

Poutine n’a pas obtenu le gazoduc, mais a conservé l’essentiel

La visite de Poutine en Chine ne lui a pas non plus apporté un succès complet. Pékin n’a de nouveau pas accepté la construction du gazoduc « Force de Sibérie-2 », qui pourrait aider la Russie à compenser la perte du marché gazier européen.

La capacité projetée du pipeline est estimée à environ 50 milliards de mètres cubes de gaz par an. Pour Moscou, ce serait une bouée de sauvetage stratégique. Mais la Chine ne se précipite pas pour payer les désirs russes et exige des prix proches de ceux pratiqués en Russie.

.......

Cependant, cette visite ne peut pas être qualifiée d’échec. Poutine a conservé le statu quo.

La Chine reste le principal soutien économique de la Russie, aide à contourner les sanctions occidentales et maintient les canaux d’approvisionnement en biens à double usage. Ce sont ces canaux qui sont particulièrement importants pour l’industrie de défense russe.

L’essentiel est que Pékin n’a pas l’intention de faire pression sur Moscou pour un cessez-le-feu. Si la Chine voulait vraiment changer radicalement la situation, elle pourrait limiter l’exportation de composants et de technologies critiques. Mais une telle décision n’existe pas.

Pourquoi Xi ne sauvera pas l’Ukraine au détriment de la pression sur Moscou

Dans l’administration Trump, selon les analystes, l’idée persiste que les États-Unis devraient être plutôt un médiateur qu’une partie qui exerce une pression forte sur la Russie. Dans cette logique, l’Ukraine devrait faire des concessions, et Moscou pourrait être détachée de la Chine.

Mais ce schéma semble faible. La Russie est déjà profondément intégrée dans le bloc anti-occidental, où elle est aux côtés de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord. Tenter de « détacher » Moscou de Pékin au prix de concessions territoriales ukrainiennes pourrait s’avérer être non pas une manœuvre diplomatique, mais une erreur stratégique.

D’autant plus que l’instabilité énergétique mondiale joue en faveur de la Russie. Si le détroit d’Ormuz reste sous pression, si les alliés des États-Unis paient le prix de la crise, si Washington est contraint d’assouplir certaines approches de sanctions sur le pétrole russe, le Kremlin obtient des ressources supplémentaires pour poursuivre la guerre.

Xi Jinping le voit. Et c’est pourquoi il n’a pas de motivation évidente pour forcer Poutine à s’arrêter.

Ce qui reste à l’Europe

L’Europe a des leviers d’influence sur la Chine, mais il faudra les utiliser de manière plus stricte. La France avertit déjà Pékin que la destruction de l’industrie européenne par une concurrence déloyale finira par nuire à l’accès même de la Chine au marché européen.

La Commission européenne promeut les règles « Fabriqué en Europe » pour protéger les emplois et réduire la dépendance aux importations chinoises bon marché. La Chine, en réponse, menace de mesures de rétorsion, sans proposer de compromis.

C’est la nouvelle réalité. La Chine ne prévoit pas de devenir volontairement le garant d’une paix juste pour l’Ukraine. Les États-Unis sous Trump montrent de l’imprévisibilité. La Russie continue la guerre. L’Iran renforce la pression régionale. L’Europe est obligée de mûrir plus vite qu’elle ne le souhaitait.

Pour Israël, la conclusion est également évidente : dans un monde où les garanties alliées deviennent moins automatiques, la sécurité ne peut pas être construite uniquement sur des promesses. Il faut regarder les chaînes d’intérêts, les actions réelles des États et qui, au moment critique, aide l’agresseur non pas avec des mots, mais avec des technologies, de l’argent et du temps.