« Il n’y a pas de meilleure façon de célébrer la Journée de l’Indépendance d’Israël !« , commence ainsi le récit de l’Ambassade d’Israël en Russie sur son compte officiel le 22 avril 2026. Eh bien, que faire d’autre le jour de l’Indépendance, si ce n’est envoyer des enfants israéliens à Moscou? Espérons qu’ils n’ont pas pris l’avion par « Domodedovo ».
Les écoliers israéliens ont rapporté 6 médailles de Moscou lors de la « 60e Olympiade Internationale Mendeleïev de Chimie ». Formellement, c’est une histoire de succès, de talent et de préparation solide. Mais pour le public israélien, la question principale ici n’est plus la chimie. La question principale est autre : pourquoi envoyer une délégation israélienne à une vitrine internationale d’un État qui, au même moment, travaille ouvertement contre Israël, couvre l’Iran, attaque la position israélienne sur les questions de mémoire et de sécurité et affiche un ton politique de plus en plus dur envers l’État juif.
Le problème ne vient pas des enfants. Ni de leurs médailles.
Le problème vient des adultes qui ont encore décidé qu’Israël pouvait se comporter comme s’il existait une zone stérile « hors politique », où l’on peut tranquillement se faire photographier à Moscou, monter sur scène sous les drapeaux et faire semblant qu’il ne s’agit que d’une olympiade scolaire. En 2026, cette logique ne semble pas naïve, mais impuissante.
C’est pourquoi cette histoire nécessite non pas un récit enthousiaste, mais une analyse approfondie et rigoureuse.
Quelle était cette olympiade et pourquoi elle ne se résume pas seulement à la chimie
La « 60e Olympiade Internationale Mendeleïev de Chimie » s’est tenue à Moscou du 15 au 23 avril 2026. Le site officiel indique clairement le lieu, les dates et le programme : ouverture, deux tours théoriques, un tour pratique, arbitrage, cérémonie de clôture et jour de départ. Il est également indiqué que des écoliers de 37 pays ont participé à la compétition.
Sur la page officielle avec un message aux participants, il est souligné que l’olympiade a été saluée par le président russe Poutine (condamné par un tribunal de La Haye pour enlèvement d’enfants ukrainiens), déclarant en particulier que cet événement « servira à soutenir la jeunesse talentueuse, à populariser la science chimique, à développer le dialogue humanitaire international et les contacts personnels. Je vous souhaite succès et tout le meilleur« , – un bon samaritain, hein…
Le texte indique que la compétition est considérée comme un « événement éducatif et éclairant internationalement reconnu », et que l’olympiade anniversaire se déroule dans le cadre de la « Décennie de la science et de la technologie en Russie » et doit « servir au développement du dialogue humanitaire international et des contacts personnels ». En d’autres termes, ce n’était pas simplement une série de problèmes de chimie. C’était une plateforme « internationale » étatique intégrée dans le cadre symbolique et d’image russe.
Israël a très bien réussi : 1 médaille d’or, 2 médailles d’argent et 3 médailles de bronze. Les médailles ont été attribuées à …. ici, le lecteur peut chercher lui-même sur Internet qui exactement – l’information est disponible, nous ne l’indiquerons pas ici – les enfants ne sont pas responsables des « méfaits » des adultes.
Les photos et vidéos de tout cela sont sur le site officiel de l' »olympiade » – Google à la rescousse !
C’est pourquoi la substitution ici est particulièrement dangereuse : les enfants ont vraiment bien performé, et c’est précisément cela qui crée pour les adultes un écran commode derrière lequel on peut ne pas discuter du coût politique d’un tel voyage.
La liste des pays publiée sur le site de l' »olympiade » est également importante pour comprendre le tableau d’ensemble. Parmi les participants figuraient :
Mordor
Russie.
Europe
Biélorussie, Hongrie, Macédoine du Nord.
Afrique
Botswana, Cameroun, République du Tchad, Égypte, Kenya, Nigeria, Tunisie, Ouganda, Éthiopie.
Asie
Arménie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Mongolie, Tadjikistan, Thaïlande, Turkménistan, Turquie, Ouzbékistan, Vietnam, Sri Lanka.
Amérique
Brésil, Costa Rica, Cuba, Honduras.
Moyen-Orient
Israël, Irak, Jordanie, Liban, Arabie Saoudite.
Le texte indique « 37 pays », ce qui souligne en soi à quel point il était important pour les organisateurs d’avoir une belle image internationale – des dizaines de drapeaux, une scène, des cérémonies, une sensation de reconnaissance mondiale.
Et c’est là que se trouve le nerf central de toute l’histoire. Israël n’est pas venu à un tournoi privé neutre. Israël est venu à la vitrine internationale moscovite, où étaient intégrés le salut de Poutine, l’accent sur le « dialogue international », et la démonstration de la Russie comme « centre respectable de la science ». Pour Moscou, cela était aussi important que les médailles elles-mêmes.
Comment la Russie attaque Israël – et pourquoi, dans ce contexte, le voyage semble humiliant
Le voyage israélien à Moscou n’a pas eu lieu à un moment neutre et pas sur fond de simples désaccords diplomatiques.
Au printemps 2026, la Russie s’opposait à Israël sur plusieurs fronts : par l’Iran, par le Liban, par le thème de l’Holocauste, par Domodedovo, par la pression dans l’espace de la mémoire, par la tentative de lier même les décisions israéliennes en matière de sécurité à l’Ukraine et par l’intimidation directe des entreprises, y compris israéliennes. Le problème ici n’est donc pas que la délégation soit simplement venue « en Russie ». Le problème est qu’elle est venue précisément dans cette Russie qui, ces mêmes semaines, travaillait de plus en plus ouvertement contre l’État juif.
Tout d’abord – l’Iran. Moscou ne ressemble plus depuis longtemps à un médiateur prudent entre Jérusalem et Téhéran. La Russie et l’Iran ont scellé un partenariat stratégique de 20 ans axé sur la sécurité, la défense, l’énergie, le transport, les investissements et le domaine nucléaire. Ce n’est plus une coïncidence temporaire d’intérêts, mais un lien étatique formalisé entre deux régimes. L’accord scelle une construction politique à long terme et élargit la coopération dans des secteurs sensibles.
Au printemps 2026, ce lien se manifestait déjà de manière tout à fait ouverte.
La partie russe décrivait la crise autour de l’Iran dans un langage où Israël et les États-Unis étaient présentés comme des agresseurs, et l’Iran lui-même comme une partie prétendument sous pression. Sur la scène de l’ONU, Moscou déclarait ouvertement qu’elle condamnait « l’agression américano-israélienne contre l’Iran », et Lavrov discutait de la situation avec Araghchi précisément dans la logique de la formule russe sur « l’agression américano-israélienne non provoquée ». Cela signifie une chose simple : la Russie ne se contente pas de maintenir des relations avec Téhéran, elle couvre politiquement l’un des principaux régimes hostiles à Israël.
Pour Israël, ce n’est pas un sujet secondaire. En avril 2026, Netanyahou déclarait publiquement que le régime iranien planifiait un autre Holocauste, voulait détruire Israël avec des armes nucléaires et des milliers de missiles balistiques, et soulignait que l’État juif ne permettrait pas à Téhéran d’obtenir la bombe atomique. Autrement dit, le point de vue officiel israélien est extrêmement dur : l’Iran est une question de survie. Et c’est précisément pour cela que toute l’histoire de l’olympiade moscovite semble particulièrement folle.
Si l’Iran est présenté comme une menace existentielle, comment expliquer la douceur envers un État qui couvre diplomatiquement, politiquement et stratégiquement Téhéran ?
Mais Moscou frappait Israël non seulement par l’Iran. Le 9 avril, Maria Zakharova condamnait les actions israéliennes au Liban, les qualifiant d’agressives, dangereuses pour le processus de négociation et « conduisant au risque d’une nouvelle escalade majeure ». Ce n’était plus une rhétorique générale sur la stabilité, mais une attaque officielle directe contre Israël.
Le 21 avril, un coup encore plus toxique a suivi – déjà par le thème de l’Holocauste. Après les propos de Netanyahou selon lesquels la menace iranienne représente un risque de nouvelle destruction du peuple juif, Zakharova l’accusait de « déformer les faits historiques sur l’Holocauste ». Ici, il est particulièrement important non seulement le contenu, mais aussi le choix même du point d’attaque : Moscou ne s’est pas contentée de s’immiscer dans le débat politique actuel, elle a tenté de donner des leçons à l’État juif sur la façon de parler de l’Holocauste et de sa propre menace de destruction.
Une ligne de pression distincte passait par la tentative de lier en un seul nœud l’Ukraine, l’Iran, la sécurité israélienne et même les décisions internes en matière de personnel en Israël même.
Dans cette construction, Moscou tentait de présenter l’Ukraine comme une source de menace pour la région, d’intégrer Israël dans ce schéma, de discréditer l’expérience ukrainienne de lutte contre les drones et les missiles et d’empoisonner à l’avance toute coopération qui pourrait être utile à l’État juif lui-même. La tâche d’une telle campagne n’est pas de prouver, mais de susciter l’inquiétude, de semer la méfiance et de pousser les partenaires de l’Ukraine à craindre toute forme de coopération.
C’est ici que l’histoire du Mossad est particulièrement importante.
Après la nomination de Roman Hoffman comme nouveau chef du Mossad, l’agence russe TASS a tenté le 14 avril 2026 de lier immédiatement cette décision interne israélienne à l’Ukraine. La publication affirmait qu’avec son arrivée, l’activité du Mossad « sur le front russe » pourrait prendre une nouvelle dimension. Ce n’est déjà plus une dispute sur Gaza ni une polémique sur l’Iran. C’est une tentative d’apposer une étiquette ukrainienne même sur les décisions israéliennes en matière de sécurité nationale et de montrer que Moscou surveille non seulement la politique étrangère d’Israël, mais aussi qui, au sein de son appareil de sécurité, prendra des décisions.
Ensuite, la ligne de pression est devenue encore plus dure.
Le ministère de la Défense de la Fédération de Russie a publié une liste de 21 entreprises dans 12 pays, qui seraient considérées comme « des cibles militaires légitimes » en raison de leur participation à la production de composants pour les drones ukrainiens. Cette liste incluait des entreprises du Royaume-Uni, d’Allemagne, du Danemark, de Lettonie, de Lituanie, des Pays-Bas, de Pologne, de Tchéquie, d’Espagne, d’Italie, d’Israël et de Turquie. Aucune justification concrète de l’inclusion des entreprises israéliennes n’était fournie. Le sens de cette liste était assez clair : ce n’est plus simplement de la propagande, mais une tentative de créer une atmosphère de menace, de faire pression sur les entreprises, d’influencer les gouvernements et de montrer que même les entreprises israéliennes peuvent être publiquement inscrites sur la liste des « cibles ». Pour Israël, c’est déjà une forme de pression extérieure sur son droit souverain de décider lui-même avec qui et comment coopérer dans le domaine de la sécurité.
Le prochain sujet – Domodedovo. Après des plaintes concernant le traitement des citoyens israéliens, le ministère israélien des Affaires étrangères est intervenu officiellement et a qualifié ce traitement de « absolument inacceptable ». Mais la partie russe n’a pas cherché à apaiser le conflit, mais a répondu de manière irritée et défensive. Dans l’analyse de cet épisode, la formule « et chez vous Ben-Gourion » est particulièrement importante : au lieu d’une explication normale, Moscou a en fait traduit la conversation dans le vieux schéma « toi-même imbécile« . Ce n’était plus une simple dispute sur les procédures, mais une démonstration d’attitude – un mélange d’irritation, de grossièreté politique et de refus de prendre au sérieux les réclamations israéliennes.
À cela s’ajoutait une ligne de pression par la mémoire. Dans l’histoire avec « Yad Vashem », la partie russe s’est manifestement immiscée dans cet espace moral qui est particulièrement sensible pour Israël. La formule « nous sommes extrêmement surpris par la réaction de “Yad Vashem” » était accompagnée d’une demande de « ne pas permettre une pandémie de fascisme ». Dans l’analyse de cette histoire, il est justement souligné que derrière le langage diplomatique apparemment modéré se cache une tentative de faire pression sur Israël par le biais du thème de l’Holocauste, de la mémoire et de l’autorité morale. Ici, Moscou ne se contente pas de discuter du passé. Elle tente de se placer au centre de la conversation sur la mémoire et d’utiliser ce poids pour promouvoir sa ligne politique.
Si l’on rassemble tout cela, le tableau est extrêmement désagréable.
En avril 2026, la Russie s’opposait à Israël non pas sur un seul sujet, mais sur plusieurs : elle protégeait l’Iran, accusait Israël d’agression, le frappait par le Liban, attaquait les propos de Netanyahou par le thème de l’Holocauste, répondait avec irritation sur Domodedovo, exerçait une pression par l’espace de la mémoire, s’immisçait dans le sujet du Mossad, intimidait les entreprises israéliennes et testait à quel point le cabinet de Netanyahou était prêt à vivre sous la pression russe. C’est pourquoi le voyage de la délégation israélienne à Moscou ne ressemblait pas à un événement scolaire « hors politique », mais à un geste humiliant en faveur d’un État qui, au même moment, travaillait systématiquement contre l’État juif.
Et c’est précisément à ce moment-là qu’Israël se rend à Moscou pour l’olympiade.
Pourquoi la participation d’Israël était particulièrement frappante
Si l’on regarde la liste des participants et l’atmosphère politique elle-même, on comprend pourquoi cette histoire est perçue en Israël non pas comme un voyage scolaire neutre, mais comme un nouvel échec de l’instinct.
Israël s’est retrouvé être la seule démocratie à avoir décidé de se rendre à Moscou sur une telle « plateforme internationale ».
En l’absence des États-Unis et des principaux pays d’Europe occidentale, cela semblait particulièrement humiliant. Les autres ne sont pas venus parce qu’ils ne voulaient pas se salir, ne voulaient pas participer à l’image russe « regardez, ils viennent toujours chez nous », ne voulaient pas devenir partie intégrante d’une scène internationale destinée à adoucir l’image d’un régime menant depuis cinq ans une guerre destructrice contre un État voisin.
Ici, on peut discuter des formulations, mais l’effet politique général est tout à fait clair.
C’est ainsi que se présente la principale honte de cette histoire : alors que beaucoup s’efforcent de se tenir à distance d’une telle « fête de la science » moscovite, Israël y va, participe, monte sur scène, se fait photographier et aide ainsi la Russie à briser sa propre isolation.
Cela semble particulièrement désagréable aussi parce que parmi les drapeaux sur scène et sur les photos cérémonielles, il n’y avait pas seulement le drapeau russe et israélien.
À côté se trouvaient les drapeaux de pays qui soutiennent la « ligne palestinienne » et qui, ces derniers mois, se sont prononcés contre Israël ou ont soutenu les revendications sur Gaza et la « souveraineté palestinienne ». Tout d’abord, il s’agit de la Russie, de la Turquie, de l’Arabie Saoudite, du Bangladesh et de la Tunisie. Une déclaration conjointe officielle des ministres des Affaires étrangères de la Turquie, de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Indonésie, du Pakistan, du Qatar, de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis du 23 avril 2026 condamnait directement les actions d’Israël à Jérusalem, soutenait les revendications « palestiniennes » et soulignait le droit du « peuple palestinien » à un État indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale.
Autrement dit, les écoliers israéliens n’ont pas seulement reçu des médailles.
Ils se sont retrouvés dans une image internationale globale aux côtés des drapeaux de pays qui soutiennent eux-mêmes la « cause palestinienne » et, dans de nombreux cas, font des déclarations anti-israéliennes. Pour Moscou, c’est une scène idéale : drapeaux, sourires, récompenses, éclat international – et sur ce fond, on peut faire semblant qu’il n’y a pas de véritable toxicité.
Les photos de la remise des prix en disent même plus que les textes. Le drapeau israélien sur fond de scène moscovite IMChO (International Mendeleev chemistry olympiad, – ainsi le nom est positionné dans l’espace anglophone) 2026 – ce n’est plus simplement une joie d’élève. C’est un symbole politique. Les médailles restent aux enfants, et l’avantage symbolique va à Moscou.
C’est ici que NAnews – Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency doit poser la question que, pour une raison quelconque, personne n’a voulu poser à temps : pourquoi Israël aide-t-il encore une fois son environnement hostile à paraître respectable ?
Qui envoie de telles délégations et comment cela s’inscrit-il dans la politique d’Israël
C’est probablement la question la plus désagréable et la plus importante.
Les voyages à de telles olympiades internationales ne surgissent pas d’eux-mêmes.
L’équipe israélienne de chimie fait partie d’un système national organisé de préparation, et l' »Olympiade Mendeleïev » figure dans le profil de l’équipe chimique israélienne comme l’une des « compétitions internationales prestigieuses ». Cela signifie que derrière de tels voyages se trouvent non pas des décisions spontanées de parents ou d’enthousiastes, mais une certaine logique institutionnelle – de la préparation et de la sélection à l’approbation de la participation.
Et si l’ambassade d’Israël en Russie le 22 avril 2026 ne savait pas seulement pour le voyage, mais a publiquement félicité la délégation, souligné le résultat exceptionnel, « l’amitié des participants », « les rencontres internationales » et même « les impressions agréables de Moscou » et « l’accueil chaleureux », alors cela ne ressemble certainement pas à une initiative privée qui a échappé à l’État. Cela signifie qu’un organe diplomatique israélien officiel ne s’est pas distancé de cette histoire, mais l’a intégrée dans un récit étatique positif.
Ici, la question n’est plus aux écoliers. Et même pas seulement aux entraîneurs. La question est déjà à la ligne israélienne en tant que telle.
La prochaine question gênante est de savoir comment de tels voyages s’accordent avec la politique générale d’Israël envers la Russie.
Après l’invasion à grande échelle de la Russie en Ukraine, Israël ne s’est pas joint au paquet de sanctions occidentales dans son intégralité et, en général, a maintenu pendant de nombreuses années une ligne plus prudente que les États-Unis et une grande partie de l’Europe.
La logique de cette prudence peut même être compréhensible : la Syrie, les canaux de communication, le désir de ne pas rompre les relations définitivement, la tentative de maintenir un espace de manœuvre, la grande diaspora juive en Russie, les relations personnelles des dirigeants, autre chose… .
Mais en 2026, cette vieille stratégie se fissure de plus en plus. Parce que la Russie elle-même ne se comporte plus depuis longtemps comme un partenaire neutre qu’il faut simplement « ne pas bousculer ». La Russie couvre l’Iran, attaque Israël diplomatiquement, s’immisce dans le thème de l’Holocauste, est grossière sur Domodedovo et utilise les plateformes internationales pour sa propre légitimation.
D’où la question au chef du gouvernement israélien – Benjamin Netanyahou.
Il n’y a pas de données ouvertes indiquant que le Premier ministre a personnellement approuvé ce voyage scolaire.
Mais il y a une autre question, plus sérieuse : existe-t-il en Israël une ligne étatique cohérente et consistante envers la Russie, ou les différents niveaux du système continuent-ils de vivre selon l’ancienne inertie ?
Parce que si le Premier ministre parle publiquement de la menace mortelle iranienne, si le gouvernement construit une rhétorique de force et de dissuasion, et qu’en parallèle l’ambassade officielle se réjouit des médailles de Moscou et de « l’accueil chaleureux » dans un pays qui aide Téhéran, alors nous ne sommes plus face à une diplomatie subtile, mais à une politique divisée.
C’est pourquoi cette histoire ne se résume pas à l’olympiade.
Elle devient le symptôme d’un problème plus large : Israël dit une chose, mais en fait une autre.
Il parle de fermeté face à l’Iran, mais continue de se comporter avec douceur envers l’un de ses principaux protecteurs étatiques.
Il parle de morale, de mémoire et de clarté, mais aide lui-même Moscou hostile à peindre une image de sa propre normalité internationale.
Enfin, il y a encore une autre couche.
Dans le matériel sur les tentatives de la Russie d’intimider Israël, la thèse sur le Mossad est importante. La Russie et les plateformes médiatiques qui lui sont liées ont déjà tenté de lier les décisions israéliennes en matière de personnel dans le domaine de la sécurité au sujet ukrainien et au cadre anti-russe général. Autrement dit, Moscou s’immisce déjà non seulement dans la politique d’Israël, mais aussi dans le sujet de ses services secrets, de sa souveraineté de décisions, de son architecture interne de sécurité.
Dans un tel contexte, le voyage à Moscou ne ressemble pas simplement à une faiblesse. Il ressemble à une perte de sens de la mesure.
Pourquoi ce n’est pas de la chimie, mais un échec de l’instinct politique
La défense la plus commode dans de tels cas est toujours la même : ne mélangez pas la science avec la politique, ne faites pas des enfants les otages des conflits des adultes, ne privez pas les écoliers de leur succès mérité. Sur le plan émotionnel, cette défense fonctionne. Mais sur le plan politique, elle ne résiste plus à l’épreuve.
La Russie moderne ne sépare pas la science internationale, les contacts humanitaires, les olympiades scolaires et l’image de l’État. Au contraire, elle utilise consciemment de telles plateformes comme preuve de sa « normalité », de sa demande et de son isolement incomplet. C’est pourquoi sur la page officielle de l’olympiade, il n’est pas seulement important de mentionner les dates et les résultats, mais aussi l’adresse de Poutine, les discussions sur le « dialogue humanitaire international », et la description de Moscou comme « centre de grande science ».
C’est pourquoi pour le lecteur israélien, ce sujet semble si douloureux.
Tandis que la Russie aide l’Iran, attaque Israël sur des thèmes historiques et moraux, discute avec lui par le langage de l’humiliation et reçoit en même temps une délégation israélienne sur sa scène internationale, ce n’est pas seulement la chimie qui gagne. C’est l’image russe qui gagne.
Les autres ne sont pas venus parce qu’ils ne voulaient pas se salir. Israël est venu.
Les autres ne voulaient pas aider Moscou à diluer l’image de l’isolement. Israël a aidé.
Les autres ne voulaient pas donner au régime une légitimation internationale supplémentaire. Israël l’a donnée – même dans un format scolaire, même dans un format scientifique, même dans un format apparemment inoffensif.
Et c’est là que réside la principale honte de l’histoire.
Six médailles – c’est un excellent résultat pour les écoliers. Mais pour un État qui devrait mieux comprendre que quiconque le prix des symboles, des alliances et des signaux politiques, ce voyage à Moscou ressemble à un nouvel exemple de confusion.
Israël s’est encore retrouvé là où les démocraties normales s’efforcent de ne pas se montrer.
Et il l’a fait à un moment où la Russie n’est pas simplement éloignée de l’amitié avec l’État juif, mais travaille systématiquement contre lui.
Les médailles resteront aux écoliers. Et la question de la réputation restera à … Israël.
Et plus le système israélien continuera de faire semblant que de tels voyages peuvent encore être séparés de la grande politique, plus souvent le pays se retrouvera dans de telles situations : lorsque les enfants gagnent honnêtement leurs récompenses, et que les adultes perdent le sens, l’instinct et la dignité.
C’est pourquoi il est important d’analyser ces sujets jusqu’au bout – et de suivre comment ils évoluent par la suite.