Trente ans d’une figure centrale dans la politique israélienne
Benjamin Netanyahou a depuis longtemps cessé d’être simplement un Premier ministre, un chef de parti ou un participant à une nouvelle crise politique israélienne. Pour des millions d’Israéliens, il est devenu une époque à part entière – avec ses peurs, ses victoires, ses divisions, ses habitudes et son langage.
On peut le soutenir, on peut le rejeter vivement, on peut le considérer comme un stratège exceptionnel ou comme une personne qui maintient le pays trop longtemps dans son orbite politique personnelle. Mais il est difficile de nier une chose : il est impossible d’expliquer Israël moderne sans Netanyahou.
C’est ce que dit le 30 mai 2026 le docteur Baruch Leshem, chercheur en communication politique et auteur d’un livre sur Netanyahou en tant qu’« école de marketing politique ». Selon lui, le secret de Netanyahou ne se résume pas à un beau discours, à une assurance télévisuelle ou à des slogans réussis. Derrière cela se cache une construction plus complexe – une combinaison de charisme personnel, de discipline, de capacité à travailler avec l’image de la force et d’une capacité presque instinctive à survivre après des catastrophes politiques.
À la fin des années 1990, Leshem voyait Netanyahou différemment. À l’époque, il lui semblait qu’il avait affaire à un politicien avec des compétences de communication exceptionnelles, mais sans fondement intérieur profond. Plus tard, en étudiant sa carrière, il a changé d’avis : derrière la technique extérieure se cachait une véritable énergie politique.
L’histoire d’un « futur Premier ministre »
L’un des épisodes clés que Leshem cite est lié au publicitaire Aryeh Rothenberg. Celui-ci a rencontré le jeune Netanyahou avant même qu’il ne devienne le principal symbole politique d’Israël. Après avoir parlé avec lui, Rothenberg est retourné au bureau et a dit à ses collègues qu’il avait rencontré le futur Premier ministre d’Israël.
Cette phrase est importante non seulement comme un joli détail biographique.
Elle montre que Netanyahou, dès son plus jeune âge, donnait l’impression d’une personne qui ne veut pas seulement le pouvoir, mais qui semble déjà naturellement le posséder. En politique, cela a une énorme importance. L’électeur choisit souvent non pas un ensemble de points programmatiques, mais une impression : cette personne est-elle capable de diriger l’État en période de peur, de guerre, de pression et d’incertitude.
Leshem compare Netanyahou aux leaders de la ligue mondiale de la communication politique – Bill Clinton et Barack Obama. Pas parce que leurs points de vue sont similaires, mais parce que chacun d’eux savait créer autour de lui un espace de leadership. Une personne s’avance vers le micro – et le public comprend qu’il ne s’agit pas d’un politicien ordinaire.
Pour Netanyahou, cela était particulièrement visible pendant ses années de montée. La langue anglaise, la manière américaine, les costumes, la confiance, les gestes, le timbre, la préparation – tout fonctionnait pour une seule image : un leader moderne, fort, international, qui parle avec Israël et le monde dans le langage du pouvoir.
Comment Netanyahou a construit l’image de « Monsieur Sécurité »
Le principal capital politique de Netanyahou ne s’est pas créé tout seul. Il s’est construit progressivement comme une personne qui comprend mieux que quiconque le terrorisme, l’Iran, les menaces à la sécurité et l’arène internationale.
La biographie militaire dans Sayeret Matkal, la mémoire de son frère Yoni Netanyahou, mort après l’opération à Entebbe, les conférences internationales sur le terrorisme, les liens aux États-Unis, les discours à l’ONU – tout cela s’est intégré dans un emballage politique unique. Netanyahou n’était pas le militaire le plus titré parmi les leaders israéliens, mais il a réussi à faire de la sécurité un élément central de sa légitimité.
C’est pourquoi le coup du 7 octobre est devenu pour lui non seulement une crise de gestion.
Il a touché le cœur de son image. L’homme qui a convaincu Israël pendant des décennies que cela ne se produirait pas sous son mandat s’est retrouvé Premier ministre au moment du plus grand échec de sécurité. Après cela, même la machine politique la plus forte a commencé à montrer des fissures.
L’Iran comme principal sujet politique
Le thème iranien est devenu l’un des principaux outils de Netanyahou. Pendant des années, il a parlé de la menace du programme nucléaire iranien, a averti le monde, a fait pression sur les plateformes internationales, a construit autour de cela l’image d’un leader qui voit le danger avant les autres.
L’Iran reste effectivement un ennemi d’Israël et un allié des forces menaçant la sécurité régionale. Pour le public israélien, ce sujet n’est pas abstrait : il concerne les missiles, les groupes proxy, la guerre, l’avenir du Moyen-Orient et la sécurité personnelle des citoyens.
Mais c’est précisément ici, selon Leshem, qu’une nouvelle problématique est apparue pour Netanyahou. Si après les frappes contre l’Iran, les militaires et les experts continuent de dire que la menace nucléaire n’est pas complètement éliminée, alors la thèse centrale de Netanyahou sur sa capacité unique à neutraliser cette menace devient plus faible. Auparavant, il aurait pu expliquer cela comme un succès partiel, comme du temps gagné, comme la destruction d’infrastructures. Aujourd’hui, selon Leshem, il a moins d’énergie qu’avant pour un tel retournement convaincant.
Pourquoi il survit là où d’autres auraient déjà disparu
La caractéristique la plus forte de Netanyahou n’est pas seulement l’éloquence. Sa qualité principale est sa capacité à revenir après des défaites.
Après l’assassinat d’Yitzhak Rabin, il aurait pu considérer sa carrière comme terminée. Après sa défaite face à Ehud Barak en 1999, beaucoup étaient convaincus que Netanyahou appartenait au passé. Après le 7 octobre, sa position politique semblait extrêmement difficile. Mais chaque fois, il ne disait pas tant adieu au pouvoir qu’il commençait à calculer le chemin du retour.
Ce n’est pas de l’improvisation.
Leshem décrit Netanyahou comme un politicien extrêmement organisé. Il vérifie les textes, se prépare aux discours, analyse les données, étudie l’humeur du public, regarde chaque étape à travers le prisme de la survie politique. En ce sens, il n’est pas un aventurier, mais un joueur systématique qui sait attendre, reculer, changer de formulations et revenir à l’attaque.
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Finkelstein, émotions et « ennemi » comme technologie
L’une des influences clés sur Netanyahou a été le consultant politique américain Arthur Finkelstein. C’est avec lui que l’on associe le passage de Netanyahou à une politique émotionnelle dure, où non seulement les idées sont importantes, mais aussi l’image de l’adversaire.
La campagne doit avoir un « mauvais héros » – celui contre lequel on mobilise les siens. Dans la politique israélienne, cette image est longtemps devenue celle des « gauchistes », des « élites », des « médias », du « système judiciaire », du « deep state », et plus tard de tout adversaire politique, même s’il venait du camp de droite.
Ainsi, la structure même de la politique israélienne a changé.
Auparavant, le conflit était souvent décrit comme un débat entre la droite et la gauche, la sécurité et la paix, l’économie et la politique sociale. Sous Netanyahou, une autre ligne de démarcation a pris de plus en plus d’importance : le camp qui le voit comme le seul leader possible, et le camp qui considère son départ comme une condition pour restaurer l’État.
Ce n’est plus une lutte partisane ordinaire. C’est une architecture personnelle du pouvoir.
La réforme judiciaire et le 7 octobre comme deux coups à l’ancien modèle
Selon Leshem, deux événements ont particulièrement affaibli Netanyahou ces dernières années.
Le premier est la réforme judiciaire. Elle n’est pas devenue pour son électorat un symbole émotionnel aussi fort que la sécurité, l’Iran ou la lutte contre les gauchistes. De plus, au sein de son propre soutien, il y a des éléments libéraux qui n’ont pas accepté la tentative de changer radicalement l’équilibre entre le pouvoir, les tribunaux et les institutions juridiques.
Le second est le 7 octobre. Ce jour a frappé l’image de « Monsieur Sécurité » plus fort que toute défaite électorale. Quand un pays traverse un traumatisme de cette ampleur, les anciens slogans commencent à sonner différemment. La formule de la « victoire totale » mobilise une partie de la société, mais en même temps soulève des questions : où sont ses limites, qui paie le prix, qu’est-ce qui est considéré comme un résultat et pourquoi la guerre dure-t-elle si longtemps.
Netanyahou reste un communicateur puissant. Mais, selon Leshem, sa présentation physique et émotionnelle a changé. Les textes restent forts, la technique reste professionnelle, mais l’ancienne sensation de force naturelle est devenue plus faible. Parfois, comme le dit le chercheur, cela ressemble déjà non pas à Netanyahou des années précédentes, mais à un acteur qui reproduit l’image familière de Netanyahou.
Le Likoud après Netanyahou : la principale question de l’avenir
Un autre problème est la succession.
Netanyahou, au fil des ans, non seulement a maintenu le Likoud, mais l’a en fait reconstruit autour de lui. Sa force en tant que leader est devenue à la fois la force et la faiblesse du parti. Tant qu’il gagnait, cela fonctionnait. Mais si la figure autour de laquelle tout le système est construit part ou s’affaiblit brusquement, la question se pose : qui est capable de susciter chez l’électorat de droite le même sentiment de pouvoir, de confiance et d’inévitabilité ?
Leshem estime qu’il n’y a pas actuellement de telle figure visible dans le Likoud.
Cela signifie que le jour après Netanyahou pourrait devenir pour le parti non seulement un changement de leader, mais une crise d’identité. Il y a une base électorale, il y a des habitudes idéologiques, il y a une alliance avec les partis ultra-orthodoxes, il y a un appareil. Mais il n’y a pas de personne évidente qui pourrait dire à la société : maintenant je suis le centre naturel de ce système.
C’est pourquoi Netanyahou continue d’être la principale question d’Israël même lorsque la discussion ne semble pas le concerner. La loi sur la conscription, la guerre, le système judiciaire, les relations avec l’armée, les manifestations, l’économie, la religion et l’État – presque tous ces sujets passent par son destin politique personnel.
Ce qui restera dans l’histoire
L’héritage de Netanyahou ne peut pas être résumé en une formule simple. Il n’est pas seulement le leader le plus durable de l’histoire d’Israël. Il est un politicien qui a changé le langage du pouvoir, la structure des camps, le rôle des médias, le style des campagnes et la perception même du leadership.
Ses partisans voient en lui une personne qui a défendu Israël pendant des décennies, maintenu le camp de droite, parlé au monde avec fermeté et assurance, n’a pas cédé à la pression et n’a pas eu peur des élites.
Ses opposants voient en lui un leader qui a trop étroitement lié l’État à son propre destin, approfondi la division, attaqué les institutions, transformé ses problèmes judiciaires personnels en mobilisation politique et fait d’une crise permanente une méthode de gestion.
L’histoire ne sera probablement pas neutre envers lui. Mais il est impossible de l’effacer.
Netanyahou n’est pas seulement devenu un politicien qui a longtemps été au pouvoir. Il est devenu un système de coordonnées, à l’intérieur duquel Israël débat avec lui-même : sur la sécurité, la démocratie, le droit, la religion, la mémoire nationale, la guerre, le pouvoir et le prix du leadership personnel.
Et la question principale maintenant ne se pose pas seulement ainsi : Netanyahou pourra-t-il survivre politiquement à nouveau.
La question est plus large : Israël pourra-t-il sortir d’une époque où une seule personne a été trop longtemps à la fois leader, symbole, irritant, protecteur pour ses partisans et principale crainte pour ses adversaires.
