Dans le journal Jerusalem Post, une chronique d’Evgen Korniychuk, ambassadeur d’Ukraine en Israël, a été publiée. Le texte a été motivé par une tragédie survenue à Kiev il y a seulement quelques jours.
Evgenia Bezfamilnaya est décédée — une femme ayant survécu à l’Holocauste. Celle qui a survécu à l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de l’humanité n’a pas survécu à l’hiver actuel. Elle est morte de froid et de faim. La raison, souligne l’auteur, est directe et évidente : les frappes systématiques de la Russie sur l’infrastructure énergétique de l’Ukraine.
Dans cette même ville où, enfant, elle a subi la persécution et la menace d’extermination, des décennies plus tard, Evgenia s’est retrouvée à nouveau sans chaleur, sans électricité et sans sécurité de base. L’histoire s’est refermée en un cercle vicieux — déjà au XXIe siècle.
Korniychuk attire l’attention sur un contraste particulièrement douloureux. Cette même semaine, l’ambassade de Russie en Israël a organisé une cérémonie au mémorial des défenseurs du blocus de Leningrad. Là, ils ont commémoré les citoyens russes morts de faim et de froid pendant la Seconde Guerre mondiale en tant que victimes du fascisme.
La mémoire de ces personnes est sacrée. Mais, écrit l’auteur, dans ce voisinage du passé et du présent se manifeste un profond cynisme. L’État qui honore publiquement les souffrances de ses citoyens de cette époque mène aujourd’hui une politique qui conduit délibérément au froid et à la faim parmi la population civile de l’Ukraine.
La Journée internationale de la mémoire des victimes de l’Holocauste, souligne l’ambassadeur, n’est pas seulement un jour de souvenirs. C’est un jour de bilan moral. L’Holocauste était unique par son ampleur, son idéologie et sa systématicité de destruction. Il ne peut et ne doit pas être comparé à d’autres tragédies. Mais ses leçons sont universelles.
La déshumanisation d’un peuple. La justification de l’agression et de la violence par des récits historiques déformés. L’utilisation des civils comme instrument de pression. L’humanité a déjà emprunté ce chemin — et sait où il mène.
La guerre de la Russie contre l’Ukraine, écrit Korniychuk dans le Jerusalem Post, n’est pas simplement un différend territorial. C’est une attaque délibérée contre l’identité, la culture et le droit même d’une nation souveraine à exister. Lorsque les centrales électriques sont détruites en hiver, lorsque des millions de personnes se retrouvent sans eau et sans chauffage, ce n’est pas un « dommage collatéral », mais une stratégie consciente de pression sur la population civile.
Pour Israël, un État né des cendres de l’Holocauste et vivant avec la mémoire collective de « Plus jamais », cette question est particulièrement aiguë. Une mémoire qui ne devient pas un guide moral risque de se transformer en un rituel vide. La véritable préservation de la mémoire exige une position claire — contre l’agression, contre le terrorisme des civils, contre les tentatives d’effacer l’identité nationale.
Dans ce contexte, NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency souligne : la publication dans le Jerusalem Post n’est pas simplement l’opinion d’un diplomate, mais un rappel que la mémoire historique oblige à agir.
La femme décédée cet hiver à Kiev ne doit pas devenir un symbole politique. Elle est un rappel humain que l’histoire ne reste pas dans les manuels. Elle revient si le monde préfère ne pas regarder en face.
Le jour de la mémoire des victimes de l’Holocauste, écrit Korniychuk, le monde doit se poser la question : est-ce suffisant de se souvenir — ou permettons-nous à la mémoire de guider nos actions ? Lorsque le mal relève à nouveau la tête en Europe, les mots seuls ne suffisent pas. Il faut une clarté morale, une solidarité avec les victimes et la défense des principes fondamentaux de liberté et de dignité humaine.