Pour le 85e anniversaire de la tragédie de Babi Yar, à Kiev, plusieurs cérémonies et même plusieurs journées commémoratives sont prévues. La réserve nationale historique et mémoriale «Babi Yar» a présenté un programme qui commence le 28 septembre 2026 et se poursuit presque jusqu’à la fin octobre. Table ronde, exposition sur l’histoire des Roms, prière interreligieuse, nouvelle édition d’Anatoly Kuznetsov, archive numérique, livres, forum muséal. Un autre projet — un audioguide — n’a pas encore de date finale.
Auteur : Pavel Shveiko
Le point historique central ici reste le même. Les 29 et 30 septembre 1941, 33 771 Juifs de Kiev ont été fusillés à Babi Yar. Ce chiffre se rapporte précisément aux deux jours de massacre et provient de la documentation allemande. Les meurtres à Babi Yar ne se sont pas arrêtés là : pendant l’occupation nazie, des Roms, des prisonniers de guerre soviétiques, des patients d’hôpitaux psychiatriques et d’autres personnes y ont également été fusillés. Les historiens estiment le nombre total de morts à environ 100 000.
Pour le lecteur israélien, il y a un autre détail qu’il vaut mieux comprendre immédiatement. La réserve nationale historique et mémoriale «Babi Yar», qui publie le programme actuel, est une institution publique ukrainienne. Le Centre mémorial de l’Holocauste «Babi Yar», associé à de nombreux projets connus, archives et une nouvelle synagogue sur le site du mémorial, est une structure distincte. Dans les nouvelles, leurs noms sont souvent abrégés en un seul «Babi Yar», d’où la confusion.
28 septembre. «Babi Yar : 85 ans plus tard»
Le premier événement aura lieu le 28 septembre à 13h00 au Kyiv Hall. Il s’agit d’une table ronde «Babi Yar : 85 ans plus tard», initiée par le Service d’État de l’Ukraine pour l’ethnopolitique et la liberté de conscience.
Le nom même de l’organisme d’État sonne inhabituel pour un Israélien. En termes simples, c’est un service ukrainien qui traite des questions des minorités nationales, des relations interethniques, des communautés religieuses et de la liberté de religion. Par conséquent, sa participation à une telle discussion est tout à fait logique : Babi Yar a depuis longtemps dépassé le cadre de la seule recherche historique de 1941. C’est aussi une question de savoir comment l’État se souvient des communautés détruites aujourd’hui.
Les organisateurs n’ont pas encore révélé en détail tous les participants à la table ronde. Par conséquent, il ne faut pas lui attribuer à l’avance des déclarations ou des conclusions. Le sujet et le cadre sont connus — ce qui est arrivé à la mémoire de Babi Yar 85 ans plus tard.
29 septembre. Exposition «INVISIBLES. Passé et présent des Roms»
Le lendemain, le 29 septembre à 12h00, dans le Jardin d’hiver de l’Université nationale de construction et d’architecture de Kiev, s’ouvrira l’exposition «INVISIBLES. Passé et présent des Roms».
Elle est réalisée avec ARCA — l’Agence de plaidoyer pour la culture rom, le Centre ukrainien pour l’étude de l’histoire de l’Holocauste et KNUCA, avec le soutien de l’ambassade d’Allemagne à Kiev et de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale.
À première vue, on peut se demander pourquoi un grand stand-alone sur les Roms figure dans le programme de l’anniversaire de Babi Yar. Parce que l’histoire du lieu ne se termine pas avec le massacre des Juifs de Kiev les 29 et 30 septembre.
Les Roms ont également été victimes de la politique d’extermination nazie, et des personnes d’origine rom ont été tuées à Babi Yar. L’exposition ne parle pas seulement de la Seconde Guerre mondiale. Les organisateurs combinent des témoignages d’archives et l’histoire du génocide avec la vie des Roms dans l’Ukraine moderne.
Ce n’est donc pas une tentative de mélanger différents groupes de victimes en une masse commune. Au contraire, c’est pour montrer qui a été exterminé et pourquoi. Pour l’histoire de Babi Yar, c’est fondamental : le système soviétique a préféré pendant des décennies une formule impersonnelle plus commode sur les «citoyens soviétiques» morts.
29 septembre. Prière interreligieuse à Babi Yar même
Le même jour, le 29 septembre à 17h00, un événement de prière interreligieuse en mémoire des victimes de Babi Yar aura lieu directement dans la réserve nationale historique et mémoriale.
Il est organisé avec l’Institut ukrainien de la mémoire nationale et le Service d’État pour l’ethnopolitique et la liberté de conscience.
Le format interreligieux n’est pas un hasard ici. Les Juifs étaient le principal groupe de victimes du plus grand massacre des 29 et 30 septembre 1941, et ces événements ont fait de Babi Yar l’un des symboles de l’Holocauste. Mais plus tard, au même endroit, des personnes d’autres groupes ont été tuées. C’est pourquoi lors des cérémonies commémoratives, des représentants du judaïsme et de différentes confessions chrétiennes se retrouvent côte à côte.
Il y a dans cet anniversaire un lien direct avec Israël. Le 29 septembre, une cérémonie commémorative pour le 85e anniversaire de Babi Yar aura également lieu à Yad Vashem à Jérusalem. Parmi les participants annoncés figurent le président de Yad Vashem Danny Dayan, Natan Sharansky, l’ambassadeur d’Ukraine en Israël Yevgeny Korniychuk et des représentants de la communauté des émigrés d’Ukraine.
NAnews a déjà détaillé cette cérémonie et pourquoi le 85e anniversaire de Babi Yar en 2026 devient simultanément un événement ukrainien et israélien.
30 septembre. Nouvelle édition ukrainienne de «Babi Yar» de Kuznetsov
Il y a eu une divergence avec ce point du programme.
Dans la publication de la réserve nationale, il est indiqué le 30 octobre, 18h00. Mais une annonce récente distincte de la présentation de la nouvelle édition d’Anatoly Kuznetsov indique le 30 septembre, également à 18h00, dans la librairie Readeat de Kiev. Par conséquent, ceux qui prévoient d’assister à la présentation devraient vérifier la date juste avant l’événement.
La nouvelle édition existe déjà et est sortie précisément pour le 85e anniversaire. La maison d’édition «Phronesis» a préparé le texte ukrainien traduit par Oleg Protsenko, les illustrations ont été réalisées par Matvey Weisberg. Parmi les partenaires de la présentation, la réserve mentionne également la Confédération juive d’Ukraine, le groupe de communication Ideas&Strategy et «General Chereshnya FPV».
Et ici, l’histoire du livre lui-même est parfois aussi importante que la soirée littéraire autour de lui.
Anatoly Kuznetsov est né à Kiev en 1929 et a grandi à Kurenivka — tout près de Babi Yar. Quand les massacres ont commencé en septembre 1941, il avait douze ans. Plus tard, adolescent, il a commencé à noter ce qu’il voyait et entendait.
En 1966, «Babi Yar» a été publié par le magazine soviétique «Yunost», mais le texte a subi une censure sévère. Quelques années plus tard, Kuznetsov s’est retrouvé au Royaume-Uni et a emporté la version complète du livre sur des films photographiques. Ainsi, l’expression «nouvelle édition» est quelque peu trompeuse ici. Ce n’est pas simplement un vieux livre qui revient — c’est un texte autour duquel le débat sur comment parler de Babi Yar a duré des décennies.
NAnews a détaillé l’histoire de Kuznetsov, la censure soviétique et la nouvelle édition ukrainienne de «Babi Yar».
C’est précisément à ce point que NAnews a raconté séparément.
7 octobre. «Guerre et occupation. Allemagne et Ukraine de 1939 à 1945»
Une autre rencontre littéraire aura lieu le 7 octobre à 14h00 à l’hôtel «Ukraine». La présentation et la discussion du livre «Guerre et occupation. Allemagne et Ukraine de 1939 à 1945» y sont annoncées.
Pour l’instant, c’est l’un des points les moins détaillés du programme. La réserve indique le titre, la date et le lieu, mais ne donne pas dans l’annonce principale la composition détaillée de la discussion. Et ici, il vaut mieux laisser ce qui est connu, sans belles suppositions sur «quelle conversation aura lieu».
L’inclusion d’un tel livre dans le programme est compréhensible. Babi Yar ne peut être considéré séparément de l’occupation allemande de Kiev et de la politique nazie en Ukraine. Le massacre des 29 et 30 septembre 1941 a eu lieu quelques jours seulement après que les troupes allemandes ont pris la ville.
22–23 octobre. «Mémoire sous occupation : musées de l’Holocauste en temps de guerre»
Il y a ici une précision par rapport au programme initial.
Dans le post de la réserve nationale, il est écrit : 22 octobre, en ligne. Cependant, le Centre ukrainien pour l’étude de l’histoire de l’Holocauste indique dans une annonce distincte 22–23 octobre 2026, Kiev. Le forum s’appelle «Mémoire sous occupation : musées de l’Holocauste en temps de guerre».
Il est organisé par la réserve nationale historique et mémoriale «Babi Yar» et le musée mémorial des régimes totalitaires de Lviv «Territoire de la terreur».
Les organisateurs appellent le forum la première rencontre de travail des musées, archives et institutions mémorielles ukrainiennes qui s’occupent de la mémoire de l’Holocauste et des massacres de la Seconde Guerre mondiale.
Et ici, 1941 rencontre 2026 pratiquement sans distance historique.
Comment conserver une archive lorsque le pays est sous des attaques de missiles et de drones ? Que faire des collections muséales sur les territoires menacés d’occupation ? Comment continuer à travailler sur l’Holocauste lorsque les employés et les visiteurs vivent eux-mêmes en temps de guerre ? Pour les musées ukrainiens, ce n’est pas un séminaire académique sur une expérience étrangère.
Selon une annonce plus récente et spécialisée, le format 22–23 octobre à Kiev semble actuellement pertinent. Mais comme le programme initial de la réserve parle d’un événement en ligne, les détails techniques finaux doivent encore être vérifiés plus près du forum.
Date encore à déterminer. Audioguide «Route de la mémoire»
Le dernier projet ne peut pas encore être lié à un jour précis.
La réserve prépare un audioguide «Route de la mémoire» avec la fondation RememberUs.org et le Théâtre national académique dramatique Ivan Franko. Le projet est soutenu par l’ambassade d’Allemagne à Kiev.
Pour quelqu’un qui n’a jamais été à Babi Yar, il faut expliquer le problème de l’espace. Aujourd’hui, c’est déjà une partie du grand Kiev moderne, et non un ravin vide à la périphérie de la ville, comme le lieu apparaissait en 1941. Le territoire a changé, a été construit, les autorités soviétiques ont partiellement modifié le relief lui-même, des routes, des parcs et divers monuments sont apparus.
Il est donc difficile pour un visiteur de simplement venir et «voir Babi Yar». De nombreux points importants sont impossibles à lire sans explication. Le parcours audio doit justement relier l’espace moderne à ce qui s’est passé ici auparavant.
La date de présentation de la «Route de la mémoire» est encore à préciser.
Pourquoi tant d’événements différents autour d’un seul anniversaire
Tout le programme s’étend sur presque un mois, et cela a probablement du sens. Une seule cérémonie le 29 septembre peut rappeler la date. Elle ne peut pas montrer 85 ans de ce qui est arrivé à la mémoire ensuite.
Après la guerre, Babi Yar est resté longtemps un lieu problématique pour le pouvoir soviétique. L’identité juive du principal groupe de victimes du massacre de septembre était rarement soulignée. Quand en 1966 les gens ont commencé à se rassembler eux-mêmes à Babi Yar, les organes soviétiques surveillaient attentivement ce qui se passait. Parmi ceux qui ont pris la parole à l’époque figuraient Viktor Nekrasov et Ivan Dziuba, et Dina Pronicheva, qui avait survécu au massacre, était présente.
Soixante ans plus tard, la situation semble presque inversée. L’institution publique elle-même organise une table ronde. À côté, une exposition sur les Roms s’ouvre. Le texte complet de Kuznetsov sort en ukrainien. L’archive est en cours de numérisation. Les muséologues discutent de la manière de préserver la mémoire pendant la guerre actuelle.
Et le même jour où à Kiev, on priera à Babi Yar, des gens se rassembleront pour une cérémonie à Yad Vashem à Jérusalem.
Cela donne une ligne pas très régulière, mais vivante : Kiev — Babi Yar — mémoire juive — mémoire ukrainienne — Israël. Parfois, ces lignes se sont écartées pendant des décennies. En septembre 2026, elles se retrouvent à nouveau côte à côte.
Et pourtant, au centre, il ne reste ni l’anniversaire ni le grand programme.
29 et 30 septembre 1941 — 33 771 Juifs tués.
C’est à partir de là que Babi Yar est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Et aucun des cent mille suivants, archives, musées ou dates rondes ne devrait diluer ce premier point.
