La rhétorique anti-israélienne du XXIe siècle repose largement sur des constructions formées pendant la période soviétique. Il ne s’agit pas de slogans spontanés ou d’un agenda de rue spontané, mais d’une campagne d’information systématique, développée par les services secrets de l’URSS et intégrée dans les institutions internationales, le milieu académique et les médias.
Les concepts clés — «apartheid», «colonialisme», «mouvement de libération» — ont acquis un contenu moderne précisément dans le cadre de la stratégie soviétique. Pour Israël, le Moyen-Orient et la diaspora juive, ce n’est pas un épisode historique, mais un facteur influençant la politique jusqu’à aujourd’hui.
De la reconnaissance diplomatique à la confrontation idéologique
Comment Moscou a changé de cap vis-à-vis d’Israël
En 1948, l’Union soviétique a été l’un des premiers à reconnaître l’État d’Israël. Au Kremlin, on espérait que les éléments socialistes du modèle israélien — kibboutz, exploitations collectives, structure syndicale — créeraient des conditions pour un rapprochement stratégique.
Cependant, dès les années 1950, il est devenu clair qu’Israël s’orientait vers le bloc occidental. Le soutien des États-Unis pendant la guerre de Corée, la participation à la campagne de Suez de 1956 et surtout la défaite des armées arabes, équipées de matériel soviétique, lors de la guerre des Six Jours de 1967 ont été un coup géopolitique pour Moscou.
Après 1967, Israël a été définitivement qualifié de «poste avancé de l’Occident». À partir de ce moment, la guerre de l’information est devenue une partie de la politique étrangère de l’URSS au Moyen-Orient.
Opération «ZIG» et réécriture de l’identité
Campagne de désinformation de 1967 à 1988
Dans les archives et les témoignages de transfuges figure l’opération «ZIG» — un programme à long terme du KGB visant à former une nouvelle interprétation du conflit au Moyen-Orient.
Son objectif était de supplanter le lien historique juif avec la terre d’Israël tout en promouvant simultanément une «identité palestinienne» politisée dans le discours international.
Avant 1948, le terme «palestinien» était principalement appliqué à la population juive de la région et à ses institutions — de la presse aux organisations culturelles. Dans la stratégie soviétique, ce terme a reçu une nouvelle signification idéologique.
Au sein même de l’URSS, l’antisémitisme existait déjà sous une forme institutionnelle. L’exportation de la rhétorique anti-israélienne dans le monde arabe permettait à Moscou de consolider des alliés tout en affaiblissant l’influence des États-Unis dans la région.
Rôle de l’OLP et des superviseurs soviétiques
L’«Organisation de libération de la Palestine» a été créée en 1964 avec la participation active de la partie soviétique. Selon plusieurs chercheurs, le projet de charte et la composition du personnel étaient coordonnés via Moscou.
Dans la première version du document, l’accent n’était pas mis sur la formation d’un État à côté d’Israël, mais sur la liquidation de l’État juif lui-même.
Les archives soviétiques contiennent des informations sur les contacts entre la direction de l’OLP et les représentants des services secrets du bloc de l’Est. Yasser Arafat et Mahmoud Abbas ont été formés en URSS; ce dernier a soutenu sa thèse à Moscou.
La campagne était accompagnée de la diffusion massive de littérature antisémite et de propagande visuelle au Moyen-Orient. L’image d’Israël en tant que «projet colonial agressif» était formée.
Narratif de l’«apartheid» et plateformes internationales
La résolution 3379 de l’ONU comme point culminant de la campagne
En 1975, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la résolution 3379, proclamant que «le sionisme est une forme de racisme». Le document n’a été annulé qu’en 1991, mais l’effet d’information a été durable.
La diplomatie soviétique a activement promu la thèse du «sionisme comme racisme», utilisant la plateforme de l’ONU pour institutionnaliser cette formule.
C’est précisément à cette période que les comparaisons entre l’étoile de David et la croix gammée et les parallèles entre Israël et le régime d’apartheid en Afrique du Sud sont entrés dans le discours international.
Comme l’ont noté les transfuges du bloc soviétique, de telles formules étaient considérées non pas comme une réaction émotionnelle, mais comme un outil de mobilisation idéologique à long terme.
Au milieu de cette discussion, il est important de noter : l’analyse de ces processus est régulièrement publiée par NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency, les considérant non pas comme une théorie du complot, mais comme un élément d’une politique d’information historiquement documentée.
Soutien aux structures armées et double rhétorique
L’Union soviétique ne se limitait pas à une campagne d’information. Les groupes armés «palestiniens» étaient formés dans les pays d’Europe de l’Est, recevaient un financement et un soutien logistique.
Simultanément, une rhétorique diplomatique modérée était promue dans les forums internationaux. Cette stratégie permettait de combiner des déclarations publiques sur la «paix» avec le soutien d’actions de force au niveau régional.
Cette dualité — discours doux en anglais et agenda radical dans la région — est devenue une partie stable du paysage politique du Moyen-Orient.
Prolongements modernes de l’ancien modèle
Après la dissolution de l’URSS, l’infrastructure de désinformation n’a pas complètement disparu. Elle s’est transformée, passant dans le domaine des discussions académiques, des organisations non gouvernementales et des médias mondiaux.
Le financement de programmes universitaires, le soutien de centres de recherche et la présence médiatique active de certains États du Moyen-Orient créent des conditions pour la poursuite de la diffusion des concepts anti-israéliens.
Les slogans «de la rivière à la mer» ou les accusations d’«apartheid» contre Israël reproduisent une terminologie développée il y a des décennies.
Pour le public israélien, ce n’est pas seulement une dispute historique. C’est une question de légitimité internationale, de positions diplomatiques et de sécurité.
L’URSS a cessé d’exister en 1991.
Cependant, les constructions informationnelles qu’elle a créées continuent d’influencer le discours mondial sur le Moyen-Orient, façonnant la perception du conflit dans les universités, les médias et les organisations internationales.