Les visites du président turc Recep Tayyip Erdoğan en Arabie Saoudite et en Égypte ont marqué une révision silencieuse mais systématique de l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient. Ankara rétablit progressivement ses liens avec ceux avec qui elle était récemment en conflit politique sévère, et elle le fait à un moment où la région traverse une nouvelle phase de reconfiguration.
Il ne s’agit pas de gestes symboliques, mais du retour de la Turquie au centre de la diplomatie régionale — avec l’économie, la sécurité et l’agenda mondial sur une même table de négociations.
Pourquoi maintenant : le contexte du changement régional
Le rapprochement d’Ankara avec Riyad et Le Caire n’est pas survenu soudainement. Le processus a commencé il y a plusieurs années — après la réconciliation de l’Arabie Saoudite et de l’Égypte avec le Qatar en 2021. La Turquie, étroitement liée à Doha, a trouvé une opportunité de réinitialiser ses relations avec les principales capitales arabes.
La première visite d’Erdoğan en Arabie Saoudite après une longue pause a eu lieu en avril 2022. Ensuite, des gestes réciproques ont suivi, une poignée de main avec le président égyptien lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar et des échanges de visites en 2024.
La phase actuelle de rapprochement coïncide avec une période de refroidissement des relations entre l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, ainsi qu’avec une pause de fait dans la normalisation des relations entre Israël et Riyad. C’est dans ce vide que la Turquie renforce sa présence.
Arabie Saoudite : économie, énergie et défense
La visite de Recep Tayyip Erdoğan en Arabie Saoudite a été la première depuis l’été 2023. À Riyad, il a été accueilli par le prince héritier Mohammed ben Salmane, parallèlement s’est tenu le Forum d’investissement turco-saoudien.
À l’issue des négociations, quatre accords ont été signés — dans les domaines de la justice, des énergies renouvelables, de l’utilisation pacifique de l’espace et de la recherche et de l’innovation scientifiques.
La déclaration conjointe des parties a couvert tout le spectre des relations : des investissements mutuels à la coordination des positions sur les conflits régionaux et mondiaux. Un accent particulier a été mis sur l’énergie — les livraisons de pétrole et de produits pétroliers, la pétrochimie, ainsi que sur les projets communs dans l’agriculture et l’utilisation innovante des hydrocarbures.
Les parties ont convenu d’accélérer les études de faisabilité technique et économique pour la connexion des réseaux électriques, de développer la coopération dans le domaine des énergies renouvelables, du stockage de l’énergie et de la sécurité des infrastructures.
Un point distinct a confirmé l’intention de renforcer la coopération dans le domaine de la défense.
La question palestinienne et l’agenda international
Dans la déclaration conjointe, une place particulière a été accordée à la situation dans la bande de Gaza. La Turquie et l’Arabie Saoudite ont exprimé leur préoccupation face à la crise humanitaire, ont plaidé pour un accès sans entrave à l’aide humanitaire et ont souligné la nécessité de respecter le droit humanitaire international.
Les parties ont confirmé leur soutien à l’idée de créer un État palestinien indépendant dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, ainsi que le rôle important de l’UNRWA dans la fourniture de services de base à la population palestinienne.
En outre, le document mentionne le Yémen, la Syrie, le Soudan, la Somalie et l’Ukraine — sur tous ces fronts, Ankara et Riyad ont enregistré un soutien mutuel des positions.
C’est dans ce contexte que la Turquie montre une tentative de s’intégrer dans la nouvelle architecture de la diplomatie régionale, ce qui touche directement les intérêts d’Israël et de ses partenaires. NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency ont précédemment noté à plusieurs reprises que de tels changements dans le monde arabe modifient les conditions pour tous les acteurs de la Méditerranée orientale.
Égypte : pragmatisme et commerce
La prochaine étape de l’itinéraire a été Le Caire, où Erdoğan a rencontré le président Abdel Fattah al-Sissi. Parallèlement, un forum d’affaires turco-égyptien s’est tenu.
En y intervenant, le leader turc a souligné que la coopération entre les deux pays contribue à la stabilité de la région et possède un potentiel significatif non réalisé.
Ankara et Le Caire ont déclaré leur intention de porter le volume des échanges bilatéraux à 15 milliards de dollars. Le rôle de l’Égypte dans la livraison de l’aide humanitaire turque à Gaza et la volonté de participer conjointement à la reconstruction post-conflit du secteur ont été particulièrement soulignés.
Documents signés et mesures pratiques
Au Caire, un important paquet d’accords a été signé, y compris un accord militaire-cadre et des mémorandums de coopération dans le domaine de la régulation du marché pharmaceutique, de la quarantaine des plantes, des services vétérinaires, de la protection sociale, de la politique de la jeunesse et du sport.
Une déclaration conjointe des ministères du commerce et des investissements des deux pays a également été adoptée, fixant la transition vers une interaction économique plus étroite.
Ce que cela signifie pour la région
Les étapes successives d’Ankara à Riyad et au Caire montrent que la Turquie revient en tant que médiateur actif et centre de pouvoir indépendant. Ce n’est pas une alliance contre quelqu’un, mais une tentative de s’intégrer dans une nouvelle réalité où les configurations précédentes ne fonctionnent plus.
Pour Israël, ces processus sont tout aussi importants que pour les capitales arabes — car les itinéraires diplomatiques de la Turquie croisent de plus en plus les questions régionales clés, de la sécurité à l’énergie et à la politique humanitaire.
Source : « Falafel » (abonnez-vous @mideastr).