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En Ukraine, le 20 janvier est célébré comme le Jour du Souvenir des défenseurs de l’aéroport de Donetsk. C’est l’anniversaire de la fin des combats pour l’aérodrome. Les événements de ces jours-là sont devenus une étape importante dans l’histoire moderne du pays. Les combats pour le DAP ont duré du 26 mai 2014 au 22 janvier 2015 — 242 jours de résistance acharnée des soldats ukrainiens contre les forces d’occupation russes.

Pour beaucoup, ce n’est pas une « date commémorative » ni une formalité. L’aéroport de Donetsk est devenu l’un des premiers symboles de l’agression russe contre l’Ukraine — bien avant l’invasion à grande échelle. C’est là que s’est manifesté pour la première fois de manière concentrée ce qui allait se répéter encore et encore : lorsque l’ennemi ne peut pas briser la défense par un combat direct, il tente de détruire le point de résistance lui-même avec les gens, transformant le bâtiment en une fosse commune.

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Ce jour-là, on se souvient de tous les « cyborgs » — les défenseurs de l’aéroport. Mais dans la rubrique « Juifs d’Ukraine », il est impossible de passer à côté du nom de Yevgeny Yatsina, surnommé « Benya » — le plus jeune soldat-cyborg, mort en janvier 2015 dans le nouveau terminal de l’aéroport de Donetsk.

En savoir plus sur la défense de l’aéroport de Donetsk – « Les gens ont tenu, le béton non » : en Ukraine, le 20 janvier est le Jour du Souvenir des défenseurs de l’aéroport de Donetsk

Qui est Yevgeny Yatsina et pourquoi son surnom résonne-t-il particulièrement

Yevgeny est né le 25 janvier 1989. Kieviens, Pechersk. Il a étudié à l’Université nationale linguistique de Kiev, à la faculté d’économie. Ses amis se souvenaient de lui comme d’une star du KVN universitaire et d’un « homme-orchestre » — brillant, vivant, très sociable.

Le surnom « Benya » faisait partie de sa vie bien avant le front, puis est devenu son surnom. Et dans ce détail — une intonation importante pour la communauté juive : Yevgeny saluait ses amis avec le mot « shalom », répondait à « Benya », et cette manière de communiquer a marqué beaucoup plus que n’importe quelle biographie officielle. Plus tard, il a été rapporté que la mère de Yevgeny était juive et qu’il avait eu le temps de visiter Israël et Jérusalem.

Ces traits sont importants non pas pour « l’origine pour l’origine ». Ils montrent que la ligne juive dans l’histoire de Yevgeny n’est pas une signature décorative à la fin, mais une partie de son langage vivant, de ses habitudes et de ses liens.

La défense de l’aéroport de Donetsk : pourquoi c’est devenu un symbole

La défense de l’aéroport a duré des mois. Le nouveau terminal se transformait en ruines en plein combat — sous les bombardements, les assauts, les explosions. Là, la guerre ne se déroulait pas sur une carte, mais dans les escaliers, les couloirs, les brèches dans les murs. Les gens tenaient leurs positions dans des conditions où chaque jour pouvait être le dernier.

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Le mot « cyborgs » est apparu comme une tentative d’expliquer ce qui semblait impossible : les militaires ukrainiens tenaient si fermement que même l’ennemi les appelait « non-humains ». Et c’est un point important pour comprendre la guerre moderne : dès le début, la partie russe agissait selon une logique de destruction, et non de « négociations » ou de « disputes ».

Alors, en 2015, le terminal a été dynamité, et une partie des défenseurs s’est retrouvée sous les décombres. Aujourd’hui, en ces années de guerre à grande échelle, le même principe fonctionne dans tout le pays : des frappes sur les villes, l’énergie, les habitations — pour détruire non seulement la défense, mais aussi la capacité de la société à vivre.

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Dernière communication et jours qui se sont arrêtés dans le terminal

La dernière fois que Yevgeny, soldat de la 81e brigade du 90e bataillon aéroporté séparé, a communiqué, c’était le 18 janvier 2015. Il se trouvait ce jour-là dans le nouveau terminal de l’aéroport de Donetsk.

Selon ses camarades, le 19 janvier, il a été blessé (plaie déchirée à la joue) et commotionné.
Le soir du 20 janvier, Yevgeny a été pris sous l’effondrement du bâtiment de l’aéroport après une explosion. Ses camarades l’ont sorti des décombres. Selon eux, il avait des fractures aux deux jambes et une grave blessure à la colonne vertébrale — il ne pouvait plus se déplacer. Il avait sur lui une plaque avec son nom et un code individuel.

Il n’a pas vécu jusqu’à son 26e anniversaire — il restait quelques jours jusqu’au 25 janvier.

Dans divers témoignages, la date de sa mort est fixée différemment — 19, 20 ou 21 janvier. Mais le sens est le même : Yevgeny est mort dans les derniers jours de la défense du nouveau terminal, à ce point précis où la guerre a conduit à l’effondrement littéral du bâtiment sur les gens.

« Georgiy Borisovich, shalom… » : les mots de Georgiy Tuka

Le volontaire Georgiy Tuka se souvenait de Yevgeny brièvement et comme on parle d’une personne proche — sans « littérature » superflue :

« Zhenya. Zhenya Yatsina. Surnom “Benya”. Kieviens. Pechersk. 25 ans. J’ai rencontré Zhenya alors que le bataillon était encore à Jytomyr. Zhenya avait la possibilité de “se défiler” de l’appel, mais, en tant qu’homme, en tant que citoyen, il ne l’a pas fait, et il est allé honnêtement remplir son devoir. Zhenya était le plus jeune soldat du bataillon. Sans exagération, le chouchou de tous. Le plus joyeux, le plus sociable, le plus contact. Chaque fois, notre conversation téléphonique commençait par les mots : Georgiy Borisovich, shalom !… J’ai encore une boule dans la gorge… »

Cette citation contient ce qui manque souvent à la mémoire officielle : la voix, l’habitude, la vie. Pas un « portrait de héros », mais une personne qui manque réellement.

« Le fil de Jérusalem » : le récit de la mère

La mère de Yevgeny, Svetlana, disait que son fils était mort à cause de fractures fermées aux jambes. Et elle se souvenait d’un détail qui fait vraiment monter une boule dans la gorge à beaucoup :

Un jour, elle avait rapporté d’Israël un fil de Jérusalem. Quand Zhenya venait de Jytomyr, elle cousait discrètement ce fil dans son uniforme — dans les poches, les poignets, « partout ». Elle le faisait en silence, car son fils considérait ces choses comme des « bêtises ».

Mais avant de partir pour Vodiane, Yevgeny a mis le pantalon de Pavlo Tuka — le sien était sale. Et plus tard, quand sa mère l’a appris, elle a dit : « Eh bien, maintenant, je comprends pourquoi c’étaient les jambes — il n’y avait pas les fils de maman sur le pantalon ».

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Cette histoire n’est pas sur la mystique ni sur les « talismans ». C’est sur la tentative maternelle de retenir son fils dans la vie par tous les moyens, même les plus discrets. Et sur la façon dont la guerre interrompt ces tentatives de manière impitoyable et banale.

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L’aide des amis et ce qui n’a pas pu être transmis

Après le départ de Yevgeny pour l’armée, ses amis ont collecté sur les réseaux sociaux plus de 40 000 hryvnias pour une caméra thermique, des sous-vêtements thermiques et des moyens de protection. Mais ils n’ont pas eu le temps de les lui transmettre.

Ce détail montre très précisément comment l’Ukraine vivait dans les premières années de la guerre : le front tenait non seulement sur les ordres et les états-majors, mais aussi sur le soutien horizontal — lorsque les gens collectaient de l’argent « de fil en aiguille » pour protéger un soldat en particulier. Parfois, ils y parvenaient. Parfois — non.

Kiev fait ses adieux à « Benya » : funérailles, mémoire de la communauté, « Mur de la mémoire » et récompense d’État

Après la mort de Yevgeny Yatsina (« Benya »), son corps a été transporté à Dnipropetrovsk, puis transféré à Kiev. Les funérailles ont eu lieu le 20 février 2015 au cimetière de Berkovets — dans la partie liée au transfert des sépultures du cimetière juif de Lukyanivka détruit. Cet endroit est devenu symbolique en soi : Kiev enterrait son défenseur là où la ville avait déjà tenté de préserver la mémoire juive, qui était détruite.

Les adieux ont eu lieu à l’hôpital militaire de Pechersk, puis il y a eu une cérémonie militaire et des funérailles. Il a été rapporté que le grand rabbin de Kiev et d’Ukraine, Moshe-Reuven Asman, a participé à la cérémonie — un détail important pour comprendre comment la communauté juive a perçu cette perte : non pas comme une « guerre étrangère », mais comme sa propre douleur personnelle.

La même année, en 2015, à la synagogue centrale Brodsky de Kiev, la mère de Yevgeny a reçu la récompense « Fierté de la communauté » — « pour son fils héros ». Pour la rubrique « Juifs d’Ukraine », ce n’est pas une formalité ni un « trait religieux ». C’est un marqueur que la communauté a reconnu Yevgeny comme l’un des siens — et l’a accompagné comme on accompagne ses fils.

Une mémoire qui ne s’arrête pas aux funérailles : université et école

La mémoire de « Benya » s’est ancrée dans les lieux où il vivait avant la guerre — dans les établissements d’enseignement.

Le 11 octobre 2015, à l’Université nationale linguistique de Kiev, une plaque commémorative en mémoire de l’ancien élève Yevgeny Yatsina a été inaugurée par les étudiants. C’est un moment important : la mémoire n’a pas été « imposée d’en haut », elle a été faite par les jeunes — ceux qui pensaient que le nom devait rester dans les murs de l’université.

L’histoire de l’école résonne séparément. À Kiev, au centre-ville, à l’école n°53, où Yevgeny a étudié de 1995 à 2005, une plaque commémorative a été installée pour le « cyborg » décédé. Sa mère racontait qu’une « photo très positive » avait été choisie pour la plaque — celle qui reflétait le mieux le caractère de son fils : il était joyeux, vivant, contact. L’idée venait des amis et des camarades de classe — la mémoire a été faite par des gens qui le connaissaient non pas par sa biographie, mais par les couloirs de l’école et les conversations communes.

« Benya » — le plus jeune « cyborg » : l'histoire juive de Yevgeny Yatsina dans la mémoire de l'aéroport de Donetsk
« Benya » — le plus jeune « cyborg » : l’histoire juive de Yevgeny Yatsina dans la mémoire de l’aéroport de Donetsk

« Mur de la mémoire des morts pour l’Ukraine » : portrait et emplacement précis

Un autre point de mémoire à Kiev — le mémorial « Mur de la mémoire des morts pour l’Ukraine », ouvert à l’espace urbain. Cet endroit est conçu pour que chacun puisse venir et trouver un visage précis — pas « dans une liste générale », mais à portée de main.

Le portrait de Yevgeny Yatsina sur le « Mur de la mémoire » est placé selon un marquage précis : section 5, rangée 3, place 38. Cette précision transforme la mémoire en action : on peut venir et s’arrêter précisément devant son portrait.

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Ces dernières années, le « Mur de la mémoire » est devenu une partie de la diplomatie publique de la mémoire : Volodymyr Zelensky y amène souvent des invités étrangers pour montrer le coût de l’agression russe non pas avec le langage des statistiques, mais avec les visages des morts.

Ordre « Pour le courage » III degré : fixation de l’exploit au niveau de l’État

L’exploit de Yevgeny Yatsina est également fixé dans un document d’État. Il a été décoré de l’ordre « Pour le courage » III degré (à titre posthume).

La base — Décret du Président de l’Ukraine n°270/2015 du 15 mai 2015. Dans la formulation du décret, il est dit que la récompense est décernée « pour le courage personnel et le professionnalisme élevé, manifestés lors de la défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, fidélité au serment militaire ».

Ensemble, ces éléments — les funérailles à Kiev, la participation de la communauté, les plaques commémoratives, le portrait sur le « Mur de la mémoire » et l’ordre d’État — forment une ligne cohérente : Yevgeny Yatsina ne s’est pas dissous dans la guerre comme « un parmi d’autres ». Il est resté un nom, un visage et une histoire — pour l’Ukraine et pour la communauté juive, qui a partagé cette perte comme la sienne.

La Knesset et les mots sur la contribution des Juifs d’Ukraine

Le 23 décembre 2015, lors d’un discours à la Knesset, le président de l’Ukraine Petro Porochenko a prononcé une phrase qui résonne encore comme un témoignage politique et humain :

« Dans la lutte contre l’agression extérieure, notre pays a ressuscité son armée. Et dans cette armée, combattent des citoyens ukrainiens de différentes nationalités. Et nous sommes fiers de la contribution que les Juifs apportent à la défense du pays. Je ne peux pas ne pas mentionner le glorieux soldat-cyborg qui est mort en janvier de cette année à l’aéroport de Donetsk, Yevgeny Yatsina avec le surnom « Benya ». Nous sommes fiers de son exploit. À titre posthume, il a été décoré de l’ordre d’État « Pour le courage ».

Ce n’est pas simplement « mentionner un nom ». C’est la reconnaissance publique que la communauté juive d’Ukraine n’est pas un observateur ni un « sujet séparé », mais une partie de la résistance à l’agression russe.

Et c’est particulièrement important maintenant, alors que la Russie continue la guerre et continue d’essayer de diluer la responsabilité, de remplacer les relations de cause à effet et de jouer la carte de la division de la société. Les histoires de ces personnes brisent cette propagande, car elles sont très simples et très directes : un citoyen ukrainien est allé défendre le pays, est mort, et il est rappelé — par l’État, l’université et la communauté.

Pourquoi l’histoire de « Benya » résonne aujourd’hui plus fort qu’il y a dix ans

L’aéroport de Donetsk a été l’un des premiers endroits où la guerre a montré son vrai visage. À l’époque, beaucoup espéraient encore que « tout se terminerait bientôt ». Aujourd’hui, après l’invasion à grande échelle, il est clair que l’agression russe est un projet de destruction, d’épuisement, de terreur à l’arrière et de tentative d’effacer l’identité.

Dans ce contexte, l’histoire de Yevgeny Yatsina ne ressemble pas à un « épisode du passé », mais à un point de départ. Elle montre que la résistance en Ukraine était dès le départ nationale — y compris avec la participation de la communauté juive, qui a donné au pays des soldats, des volontaires, des médecins, un soutien aux familles des morts, et une mémoire publique.

Et à la fin, il reste une formule simple, qui résonne particulièrement honnêtement dans la rubrique « Juifs d’Ukraine » :

Евреи из Украины: Евгений «Беня» Яцина, самый молодой украинский «киборг», погибший в январе 2015 года при защите Донецкого аэропорта

La mémoire — c’est nous. Tant que nous nommons les noms et racontons les histoires avec des mots vivants, la guerre ne peut pas transformer les gens en chiffres impersonnels. NAnews —

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